«Scandaleux, nauséabond, choquant», les qualificatifs ne manquent pas pour dénoncer la publicité de l’UDC, parue hier dans la Tribune de Genève.
Sur fond vert, l’argumentaire se déroule en lettres blanches: «Le CEVA? Un nouveau moyen de transport pour la racaille d’Annemasse! Expulsons les criminels étrangers! Ne leur offrons pas encore un accès à Genève!»
De quoi susciter l’ire du maire de la ville voisine. Christian Dupessey est décidé à porter plainte cette semaine contre le parti suisse. «Je suis choqué. C’est toute la population d’Annemasse qui est attaquée. Cette incitation à la haine est profondément intolérable dans nos démocraties.»
En revanche, l’élu se réjouit des soutiens multiples: «Nous recevons des témoignages de solidarité de la part d’élus et de citoyens genevois. De quoi démontrer que le mouvement de construction de la région franco-valdo-genevoise est bien plus fort que ces dérapages racistes de l’UDC. De toute façon, la meilleure réponse des Genevois sera celle des urnes dimanche (ndlr: lors des élections au Grand Conseil).»
Une conviction que partage Michel Charrat, président du Groupement transfrontalier: «Ce que je souhaite, c’est que les Genevois, y compris les 25?000 à 30?000 Suisses résidant en France voisine, donnent une bonne leçon à l’UDC et au MCG via les urnes.» Aux côtés de syndicats genevois, le groupement incite frontaliers et Genevois à s’élever contre le «racisme antifrontaliers», en manifestant place Neuve, jeudi à 18?h.
Un appel que soutient SOS Racisme. Dénonçant «une demi-page de propagande haineuse», l’association s’interroge sur le rôle de la Tribune: «Son éditeur, sa rédaction ne pouvaient-ils vraiment pas faire autrement qu’accepter cette demi-page de publicité raciste?» Et René Longet, président du PS, d’ajouter qu’un journal «n’est pas tenu d’accepter n’importe quelle publicité! Il doit y avoir un contrôle des annonces.»
Au-delà de cette question, René Longet, à l’image des autres chefs de parti, condamne le contenu de la publicité. «Les masques tombent. Il faut vraiment être à court d’argument pour tenir de tels propos. C’est faux, mensonger, inacceptable et raciste. L’UDC s’est totalement discréditée.»
Au sein même du parti de droite, le message est loin de faire l’unanimité. L’affaire rappelle celle de l’affiche de 2007 sur les pacsés, jugée homophobe. «A part notre président, Soli Pardo, personne n’était au courant», souligne Antoine Bertschy, député UDC au Grand Conseil. «Cette publicité est lamentable, elle mélange tout, c’est le niveau zéro de la politique.» Désabusé, Eric Leyvraz, président du Grand Conseil, regrette profondément que l’«on stigmatise ainsi nos voisins. Notre députation a fait un bon travail tout au long de l’année. De tels propos sont totalement contre-productifs.»
Pour Yves Nidegger, candidat au Conseil d’Etat, «cette communication divise le parti. Elle est de plus peu intelligente et peu efficace.» Et de poursuivre: «Soli Pardo a voulu ressembler à M.?Stauffer, il y est malheureusement arrivé.» De son côté, Olivier Wassmer, député, ajoute: «La menace de plainte pénale du maire d’Annemasse me paraît totalement justifiée.» Les cadres de l’UDC se sont expliqués hier soir, lors d’une réunion (lire ci-dessous) et ont notamment exigé la suspension de la parution de ladite publicité prévue dans le GHI mercredi.