Genève est, avec Schaffhouse, le seul canton à pouvoir accueillir favorablement la perdrix grise. Plus de 40 hectares répartis sur 10 km² proposent des jachères et bandes-abris qui permettent à ces oiseaux, vivant en compagnie et pratiquement toujours au sol, de prospérer.
Mais pourquoi attache-t-on tant d’importance à cette espèce, fort mignonne au demeurant, qui ne peut survivre dans les grandes plaines d’agriculture intensive? Et qui, ailleurs, est un gibier.
Exigences écologiques
«Chez nous, la perdrix grise est l’emblème d’un milieu revitalisé au cœur de grands espaces tels que la Champagne genevoise, explique Jérôme Duplain, détaché de la Station ornithologique de Sempach pour ce projet. C’est une espèce qui requiert des exigences écologiques élevées. Donc, en recréant, comme on le fait depuis 1991 avec le concours des agriculteurs, des milieux qui lui sont favorables, on développe parallèlement un écosystème où s’invitent insectes, fleurs, pollinisateurs.»
Le programme de réintroduction de la perdrix grise mené par Sempach a débuté en 2004, alors qu’il n’en restait que quatre.
Au début, on a privilégié l’apport de perdrix sauvages importées du nord de la France et de Pologne où elles vivent en grand nombre. Il semble que le stress du transport doublé de lâchés peu avant la période de reproduction n’ait pas apporté les résultats escomptés. Reproduction insuffisante, décès spontanés, prédation trop importante n’ont pas permis d’atteindre l’objectif: obtenir une population stable d’une centaine d’individus, garantissant l’implantation de l’espèce sans aide supplémentaire.
Elevées versus sauvages
«Nous avons donc modifié notre façon de faire, détaille Jérôme Duplain. «Plutôt que d’introduire une centaine d’individus sauvages capturés en hiver, nous lâchons quelque 300 perdrix d’élevage, mais génétiquement similaires aux indigènes. Ce sont en grande majorité des poussins donnés à l’adoption (une quinzaine par couple comme en situation réelle). Nous les libérons après trois mois, en automne, afin qu’ils aient un temps d’adaptation avant le printemps. Il faut préciser que la mortalité des perdrix grises, même sauvages, est grande et que l’équilibre d’une population est fragile.»
Et d’ajouter que l’un des objectifs de ce projet, en accord avec le Service cantonal de la faune, est de recréer les conditions naturelles, ce qui admet la présence des prédateurs, renards, chats sauvages, mustélidés, rapaces. «Le but n’est pas de créer un parc protégé, mais de donner un maximum de chances à des compagnies de se reproduire sur le long terme en milieu ouvert.»