A Cartigny, 650?personnes se chauffent au bois. Cela fait huit habitants sur dix qui ont accepté de renoncer à leur chaudière à mazout pour se lancer dans l’aventure écolo du chauffage à distance. Mais quand les factures ont commencé à grimper, quand cette hausse a atteint 32% sur deux ans, la grogne a gagné une partie de la commune. L’augmentation est d’autant plus gênante qu’une fois le contrat signé, on s’engage pour quinze ans.
Maire de Cartigny et grand promoteur du chauffage au bois, François Jaunin devient la cible des pires rumeurs: il s’en mettrait plein les poches en tant qu’administrateur de la société responsable du projet; il obligerait les nouveaux résidents à souscrire à un abonnement… Faux et archifaux, assure le maire: «Je ne touche pas un centime dans cette histoire. J’ai consacré des heures et des heures au projet sans être dédommagé. Si j’avais voulu m’enrichir, j’aurais consacré tout ce temps à mon entreprise…»
Adieu chaudières!
Les rumeurs sont donc infondées. Reste la hausse des prix. En 2008, lorsque des habitants ont envoyé leur chaudière à la casse, le prix du kilowattheure (kWh) au bois se montait à 14?ct. Le coût comprend une part fixe, destinée à financer les installations: chaudières centralisées, tuyaux pour amener l’eau chaude jusqu’aux maisons, échangeurs de chaleur. Et une part variable, destinée à l’achat du bois.
Le système est très écologique: chaque année, Cartigny économise 800?000?litres de mazout et évite de rejeter 2000?tonnes de CO2 dans l’atmosphère! Au départ, le bois se révélait de surcroît meilleur marché que le mazout, qui, selon plusieurs études et en tenant compte de tous les frais, coûte entre 17 et 21?ct. le KWh.
Besoins revus à la baisse
Mais aujourd’hui, le «kWh bois» coûte 19?ct. Comment expliquer cette hausse? A-t-on sous-évalué les coûts, à l’époque, pour attirer des clients? «Nous avons calculé au plus près», répond François Jaunin. Le problème vient d’une différence entre les estimations de départ et la consommation réelle: la centrale produit aujourd’hui 6 millions de kWh par an, au lieu des 8 millions estimés à l’époque. Un certain nombre de «preneurs» (abonnés) inclus dans les premiers calculs ne sont toujours pas raccordés au système.
«Par ailleurs, les dix-huit premiers mois de fonctionnement n’étaient pas totalement représentatifs, car le réseau n’était pas achevé, précise François Jaunin. A la fin de 2010, nous aurons une vision beaucoup plus claire de la consommation et des coûts réels.»
Seul de son ampleur à Genève, le système de chauffage au bois de Cartigny a par ailleurs connu des problèmes de jeunesse. Notamment des défauts de construction, pour lesquels la commune espère obtenir un dédommagement.
Mais aussi une déperdition de chaleur plus forte que prévu sur le réseau.
«L’Université a lancé une étude sur deux ans pour savoir d’où viennent ces pertes, indique le maire. Nous espérons les ramener à un niveau normal.»
Face à la colère d’une partie des preneurs, François Jaunin s’efforce d’expliquer les difficultés rencontrées. Il veut surtout convaincre que tout sera mis en œuvre pour faire baisser le prix global du kWh.
«Notre objectif est de ramener le prix autour de 16 ou 17?ct. le kWh en réglant ce problème de pertes de chaleur et en branchant un maximum de nouveaux preneurs.» Lors d’une séance publique le 30 septembre, le maire répondra aux questions des habitants. «C’est un magnifique projet, s’enthousiasme François Jaunin. Je comprends que des gens veuillent des explications sur la hausse du prix. Mais d’ici à quelques années, ils seront ravis et fiers d’avoir renoncé au mazout.»