Pour rien au monde Patricia Allen ne quitterait Genève. L’atmosphère plus sécurisante et plus calme que celle régnant aux USA l’a séduite. C’est à Troinex qu’elle, son mari et son fils ont défait leurs bagages il y a quatorze ans. Après une vie de nomades, partagée entre Houston, San Francisco ou Amsterdam. Et pourtant, Genève ne lui a pas rendu la tâche facile. C’est en 2002 que Patsy, comme aime à se surnommer cette native de South Hill, dans le sud de la Virginie, a eu vent de l’une des pires nouvelles qui soit: un cancer du sein. Maîtrisant mal le français à l’époque, Patricia a néanmoins la chance d’avoir une formation d’infirmière. Mais ce n’est pas suffisant. «J’avais besoin de parler avec quelqu’un qui était déjà passé par là. Et je ne pouvais pas le faire en français.» Une infirmière lui remet alors un prospectus de l’English Speaking Cancer Association, qui soutient les anglophones atteints d’un cancer. Patricia décide de se rendre à l’une de ces réunions.
Elle devient présidente
Finalement, après avoir parlé avec deux femmes présentes à la séance, elle se fait opérer. Et s’en sort. Mais Patsy décide de ne pas s’arrêter là. «J’ai réalisé que lorsque l’on a un cancer, ce n’est jamais fini. Je voulais donner quelque chose de moi-même.» Elle recontacte l’association et se montre de plus en plus active, jusqu’à en devenir la présidente. Patricia commence alors à chercher des fonds, à organiser l’aide aux malades anglophones. Des bénévoles, un psychologue, des conseillers répondent aux appels des victimes.
«Apprendre que l’on a un cancer est déjà un choc en soi. Alors, lorsque l’on ne comprend pas la langue, on est encore plus perdu. Au total, 60?000 personnes travaillent en langue anglaise à Genève, de toutes nationalités. Et souvent, ces anglophones n’ont pas de famille à leurs côtés. En moyenne, nous nous occupons de 30 personnes en même temps.»
Mais la forte implication de Patricia dans le social ne lui fait pas oublier ses racines. «J’ai déjà voté il y a un bon moment. Je ne veux pas quitter Genève, mais je reste Américaine avant tout.»
Ils se sont alors installés à Bremblens, dans le canton de Vaud. Deux ans plus tard, Anne devient responsable des Graduate Admissions à l’Université Webster, à Bellevue. Cette docteure en histoire américaine de Yale n’a jamais réellement quitté le monde académique. Ou plutôt celui de la recherche. «J’ai suivi un programme de management des institutions éducatives à Stanford, avant de m’intéresser à la gestion des ONG dans un centre à Cleveland.» Entre les deux, Anne travaille de 1983 à 1986 au Occidental College de Los Angeles. Là même où Barack Obama entame ses études universitaires quatre ans plus tôt. Le sénateur poursuivra d’ailleurs son éducation à Harvard. Une université que connaît bien Anne puisqu’elle y collabore dans les années 90 en tant que chercheuse à la prestigieuse Kennedy School of Government.
Campagne trop longue
Lorsqu’il s’est agi de migrer sur les bords du Léman, Anne raconte avoir été sceptique. «J’aimais vivre à Boston, où habitent aussi mes parents, déjà âgés à l’époque.» Pourtant, se rappelle la spécialiste en recrutement, la simple vue du lac et son panorama l’ont rapidement fait changer d’avis. «C’était tout simplement magnifique.» A Webster, avec 97 nationalités représentées, Anne évolue dans un milieu international et principalement anglophone. Mais elle et son époux ont décidé de mettre leurs deux enfants dans le système francophone à l’Ecole internationale. «Je suis sidérée de voir que tout le monde ici parle plusieurs langues.» Même à Boston, ville académique par excellence, il n’y a pas tant de multilinguisme, selon elle. Depuis son arrivée à Genève, Anne retourne au moins trois fois par an dans sa ville. La dernière en date, en septembre, lui a permis de regarder le premier débat présidentiel. Son avis? «Outre le fait que cette campagne soit trop longue et trop coûteuse, je trouve les deux candidats très intéressants.» Sensible à la question de l’assurance maladie aux Etats-Unis (46 millions d’Américains n’ont pas de couverture) pour avoir participé à un projet de recherche dans ce domaine, le suffrage d’Anne est allé au démocrate.
Aujourd’hui encore, il garde la nostalgie de la Grosse Pomme: «J’y ai passé les plus belles années de ma vie. Quand je suis parti en 1990, j’ai dit au revoir à cette ville. Je n’y suis retourné que deux fois depuis.»
La même année, cet enfant du New Jersey arrive à Genève pour travailler dans une firme spécialisée en recherche marketing. Son goût pour la diplomatie le rattrape pourtant en 2004, lorsqu’il devient consul. «J’ai en fait répondu à une annonce dans la Tribune de Genève», rigole-t-il. S’ensuit une formation au Foreign Service Institute du Département d’Etat. Il y rencontre alors des diplomates américains venus du monde entier. En guise de présentation, chacun doit expliquer ce qui est arrivé de pire dans son pays de résidence: «L’un était basé en Ethiopie, il a cité la famine. Un autre, en poste en Thaïlande, a évoqué le tsunami. Moi, j’ai parlé d’un matin où il n’y avait plus de croissants dans une boulangerie de Genève.»
Lac et propreté
Cette ville, Jonathan Lippman l’a en passion. Le lac, les montagnes «à portée de main», la propreté: il ne compte pas la quitter de sitôt, d’autant que son mandat est illimité. Il y a six mois, le consul est même devenu Suisse. Avec sa collaboratrice, Sylvie Love, c’est pourtant bien sur les Américains que le diplomate veille: «Nous nous occupons de l’émission des papiers officiels, nous enregistrons les électeurs et nous aidons, par exemple, les Américains en détresse», explique-t-il. Bien qu’il dépende directement de l’ambassade américaine à Berne, Jonathan Lippman ne quittera pas son poste une fois le nouveau locataire de la Maison-Blanche investi. «L’ambassadeur est, lui, nommé par le président. C’est pourquoi il doit démissionner tous les quatre ans, quitte à être renouvelé dans ses fonctions.»
Affirmant placer l’éthique au-dessus de tout, Robert James Parsons, né il y a 58 ans à Waterbury, dans le Connecticut, apparaît au fond comme un idéaliste. Un idéal qui ne peut que le laisser critique devant l’état actuel du monde. Qu’il écrive des articles sur les droits de l’homme, le désarmement ou la santé publique, ce rédacteur free-lance pour Reuters, The Nation, mais aussi Le Courrier et La Liberté, ne perd ainsi jamais de vue cette éthique si sacrée.
Epris de justice
Et de citer Thomas Jefferson, l’un des pères de l’indépendance étasunienne, qui accordait à chaque être «le droit à la vie, à la liberté ainsi qu’à la poursuite du bonheur. Quand on travaille à l’ONU, on constate que des manquements à ces droits humains essentiels se produisent dans de nombreuses régions du monde.» D’où, peut-être, cette distance avec son pays d’origine. «Mais les Etats-Unis ont aussi une merveilleuse littérature, sans parler de la danse ou du théâtre, qui y sont prodigieusement développés.»
Pétri d’ironie et d’esprit, ce nageur (son hobby) dit aimer Genève «car on peut y vivre sans voiture». Robert James Parsons se permet même le luxe de vivre sans téléphone portable. Ce qui n’empêche pas ce juré d’examens de maturité d’anglais d’être au courant de la moindre réception organisée au sein de la Genève internationale. «Ces événements sont vraiment intéressants, explique-t-il. Car les gens y boivent et les langues se délient.» Lorsqu’il quitte les couloirs du Palais des Nations, le diplômé en littérature française et anglaise, qui a fait un passage par l’Université de Fribourg durant son cursus en Amérique, ne fréquente pas trop ses compatriotes installés à Genève: «Ma connaissance de la langue française m’amène plutôt à rencontrer des gens d’ici», précise-t-il en guise de conclusion.
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