Les frères I. sont partis dimanche avec un jet privé pour rejoindre à Istanbul leur père, un riche oligarque russe. Avec eux se trouvait un autre compatriote. Ces trois jeunes Russes, dont nous avons révélé hier le départ sur tdg.ch , seraient impliqués dans la course-poursuite de jeudi dernier à Bellevue. Ils échapperaient de la sorte à une audition en bonne et due forme de la police et de la justice genevoises. Les forces de l’ordre, qui reconnaissent une «erreur d’appréciation», vont enquêter sur ce couac interne.
Pour les enquêteurs, la tâche s’annonce toujours plus ardue. Seul B., le conducteur de la Lamborghini, et éventuellement un autre jeune compatriote russe qui était dans un des quatre bolides, se retrouvent suspectés d’être à l’origine de la collision qui a fait un blessé. Ce dernier, un automobiliste de 70?ans percuté par la Lamborghini alors qu’il rentrait chez lui, reste hospitalisé.
Hier, B. n’avait toujours pas été entendu par un juge. Selon nos informations, cet étudiant de 22?ans établi à Genève a déjà eu maille à partir avec la justice. En 2006, il a été condamné pour violation de la loi sur la circulation routière. Il a écopé, à l’époque, d’une peine de prison de quinze jours avec sursis pour avoir roulé sur une voie de bus alors qu’il était interdit de circulation. Il avait alors 19?ans.
Erreur des policiers
Au sein de la police, la tension monte en raison de la lenteur de la procédure. Une enquête a été ouverte pour comprendre l’erreur d’appréciation. «Le temps écoulé a pu permettre aux autres conducteurs des bolides de quitter la Suisse et de se mettre d’accord sur une version des faits unique à donner aux enquêteurs», déplore un policier chevronné. La police explique être arrivée sur les lieux de la collision jeudi soir.
Le conducteur de la Lamborghini et le retraité, qui roulait en VW, sont blessés. Les gendarmes mettent la main un peu plus loin sur les trois bolides parqués devant la maison d’un riche citoyen russe. Les véhicules sont conduits à la fourrière et les trois conducteurs à la Brigade de sécurité routière. Ils sont brièvement entendus par un gendarme. Ce dernier constate que le trio n’est pas alcoolisé et qu’il n’y a, selon lui, pas matière à poursuivre.
Mais il ne saisit pas l’ampleur de l’affaire. «Il a visiblement fait une audition classique au lieu de comprendre qu’il fallait des investigations plus complexes, estime un inspecteur. Un officier de police aurait dû entendre ces personnes.»
Ce dernier met généralement le prévenu à disposition d’un juge d’instruction en vue, si besoin, d’une inculpation. Pour leur défense, les policiers soutiennent qu’ils voulaient d’abord établir les faits avant de poursuivre des suspects. Notamment en interrogeant B. et la victime. Or ces derniers ont été hospitalisés jeudi soir.
Au sein de la hiérarchie de la police, les esprits s’échauffent et les piques fusent: «Il fallait entendre tous ces jeunes, quitte à les détenir un jour, et confier l’affaire au Parquet», s’agace un responsable.
Du même avis, le procureur général juge inadmissible de ne pas avoir encore été nanti d’un rapport, même intermédiaire, par la police. Ne pouvant préjuger de l’affaire «sans dossier», il regrette que le cas n’ait pas encore été transmis au Parquet: «Si le rodéo est établi, tout comme l’implication du quatuor, la justice peut les convoquer en les contactant à l’étranger. Si les faits sont graves, la justice peut demander leur extradition. Cela pourrait être le cas s’ils sont à l’origine du choc et qu’ils se sont enfuis après les faits.» En revanche, l’extradition ne se justifierait pas pour un simple dépassement de vitesse.
«Pas un rodéo»
Me Jacques Barillon est l’avocat de B.: «Les faits relatés dans la presse pourraient donner à penser que mon client aurait bénéficié – et jouirait encore – d’un traitement de faveur. La réalité est différente. B a été entendu sur place par les policiers compétents et s’est immédiatement mis à la disposition de ceux-ci pour toute audition complémentaire.
» Il n’a jamais eu l’intention de prendre la fuite – ni dans le sens de quitter la Suisse, et Genève en particulier, où il habite et fait ses études, ni dans le sens de fuir ses responsabilités. Au contraire il les assume. Il a été profondément affecté par les conséquences de cet accident pour la victime. Le risque de collusion est donc inexistant.» Selon Me Barillon, B. ne s’est en aucune façon livré à un «rodéo» ou à une course-poursuite.