AMENAGEMENT

La polémique enfle autour du développement de Genève

Par Christian Bernet le 18.07.2011 à 00:00

On l’entendait monter dans les cafés depuis quelque temps déjà. Une grogne bien genevoise, qui a pour cible des noms comme «hedge funds», «traders» ou «multinationales». Aujourd’hui, ce mécontentement prend une forme plus explicite. La révision du Plan directeur cantonal 2030 fait l’objet d’une forte contestation. Car la vision qu’il donne de Genève dans l’avenir consacre l’incroyable développement économique du canton. Nombreux sont ceux qui dénoncent alors une «fuite en avant».

On l’entendait monter dans les cafés depuis quelque temps déjà. Une grogne bien genevoise, qui a pour cible des noms comme «hedge funds», «traders» ou «multinationales». Aujourd’hui, ce mécontentement prend une forme plus explicite. La révision du Plan directeur cantonal 2030 fait l’objet d’une forte contestation. Car la vision qu’il donne de Genève dans l’avenir consacre l’incroyable développement économique du canton. Nombreux sont ceux qui dénoncent alors une «fuite en avant». «Nos autorités ne conduisent pas la croissance, ils la subissent… Ce plan, qui conduit à un bétonnage massif, est basé sur l’exclusion. On fait venir des gens de l’extérieur au détriment des habitants d’ici qui ne trouvent plus à se loger. Le Conseil d’Etat fait preuve de fatalisme par rapport à la croissance démographique. Jusqu’où veut-on aller avec ce modèle?»

La personne qui s’interroge ainsi n’est pas un gauchiste. Christian Gottschall est président de Pic-Vert, la puissante association des propriétaires de villas, des gens qui votent plutôt à droite. Il y a un mois, elle a réuni une vingtaine de groupements locaux pour une conférence de presse dont le ton était virulent. Ces propriétaires, qui ont profité de la croissance pour construire leur villa, refusent aujourd’hui «de sacrifier la qualité de vie à un développement économique débridé et soi-disant inévitable» Ils ne sont pas seuls. Les milieux agricoles, les Verts, des associations de protection de l’environnement sont sur la même ligne. Le front est hétéroclite, mais assez vaste et transcende les clivages idéologiques. Autant dire que l’avenir de Genève, et la manière de le dessiner, ne font pas l’unanimité.

Les engagements de Genève

Le futur Plan directeur cantonal se calque sur la charte de l’agglomération franco-valdo-genevoise. Elaboré il y a quatre ans, ce document vise à organiser un territoire très dynamique mais traversé par de profonds clivages. Genève concentre 70% des emplois de la région, mais ne loge que la moitié des habitants. Les Genevois se sont engagés à construire davantage de logements et à favoriser la création d’emplois hors de leurs frontières. En clair, le Canton doit accueillir la moitié des 200?000 habitants supplémentaires que la région comptera dans vingt ans. Il doit construire 50?000 logements. Il y a quatre ans, cet engagement n’a guère été contesté. Mais on passe désormais dans la phase concrète. Or, on ne construit pas 2500 logements par année sans casser des œufs. Il est prévu de densifier la couronne urbaine, de construire en zone villas et de prendre près de 4% des terres agricoles.

Pour ces contestataires, la facture est trop salée. Et le jeu n’en vaut pas la chandelle. Ces organisations réclament désormais un sérieux coup de frein au développement. Car Genève s’attend à créer encore 60?000 emplois d’ici à 2030. Les Verts relèvent que les projections d’emplois sont «disproportionnées par rapport aux nouveaux logements» et vont contribuer «à accentuer les inégalités sociales». Des syndicats et des associations environnementales réunis dans la Coordination économique et sociale transfrontalière fustigent la constitution d’une «société à deux vitesses». Sandrine Salerno, la conseillère administrative socialiste en Ville de Genève, dénonce «l’ultraattractivité» de Genève. «La machine s’est emballée et la pression sur notre territoire est objective.»

François Erard, directeur d’AgriGenève, la chambre des agriculteurs, se dit surpris «que nos autorités persistent dans cette voie qui fait le lit des mouvements populistes». Comme Pic-Vert ou les Verts, AgriGenève réclame «une réflexion de fond sur le type de croissance que souhaite notre canton». Un souhait que les socialistes ont déjà émis ce printemps.

Pour l’heure, les propositions sérieuses pour «une autre croissance, plus endogène», sont quasi inexistantes. Et on ne voit pas très bien comment, à Genève, le débat pourrait s’amorcer sur la base d’intérêts aussi contradictoires et parfois très sectoriels.

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