«Ce n’est pas normal, des choses comme ça», s’exclame Jean-François Gaillard, locataire du 9, rue de la Navigation. Lundi 28 décembre, la police mettait à jour une plantation de cannabis dans l’arcade de cet immeuble pâquisard. Une culture très sophistiquée, si l’on en croit la police, dotée d’un système de ventilation très performant. Au total, 31 plants et 378 boutures ont été saisis.
Un Genevois de 31?ans a été interpellé sur place.
«On a vu la police charger des pots dans un fourgon et depuis plus rien, raconte une voisine. C’est vrai qu’il y avait des odeurs très fortes parfois dans l’allée, mais je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un cultivait du chanvre ici.»
C’est d’ailleurs le culot de pratiquer une activité illicite à même la rue qui interpelle les voisins. «Il y avait du passage, mais comme la porte d’entrée s’ouvre par un code, je ne me suis jamais trop posée de question», admet une locataire.
Pour Jean-François Gaillard, la Gérance immobilière de la Ville de Genève (GIM), qui s’occupe de l’immeuble, est en partie responsable. «Ça fait 53?ans que j’habite la maison et la plupart des locataires vivent ici depuis des années. Pourtant, on n’a jamais pu avoir d’explication sur ce qui se passait dans cette arcade.»
Contacté, le concierge admet lui aussi ne pas connaître le locataire du rez-de-chaussée. «Cela fait quatre ans que je travaille ici, je n’ai jamais vu personne dans ces locaux.»
Un nom figure pourtant sur la boîte aux lettres. «Oui, mais ce n’est pas celui du jeune homme interpellé lundi, assure Jean-François Gaillard. L’autre monsieur, on ne l’a pas revu depuis des années.»
Bail signé en 1954
Directrice de la GIM, Sylvie Bietenhader précise que la signature du bail de cette arcade date de 1954. «Elle était louée à des fins de dépôt et non comme commerce, précise la directrice. Le bail a été reconduit en 1982, aux mêmes conditions.»
Depuis, la GIM assure n’avoir jamais eu de problème avec ce locataire. «Les loyers étaient payés et personne ne s’est plaint de quoi que ce soit. Je ne trouve aucun courrier. Pour moi, ce dossier est vide.» La directrice n’exclut toutefois pas que des locataires aient pu appeler pour se plaindre.
«Et des odeurs de chanvre, il y en a dans tous les vieux immeubles. De toute manière, après ce qui s’est passé, nous allons certainement résilier le bail. Et cette arcade sera remise sur le marché comme local commercial.»
«On a assez de dealers»
Fâché, Jean-François Gaillard a préparé une lettre qu’il adressera demain à la Ville. «La GIM devrait d’abord se renseigner et savoir à qui elle loue ses locaux», poursuit le locataire, qui assure n’avoir jamais vu autre chose que des volets clos sur cette vitrine.
«Il y a des personnes âgées et des familles avec des enfants ici. On a déjà assez de dealers dans la rue. Ça suffit.»