La plaine de Plainpalais? «Une catastrophe, un «crottoir» à chiens intolérable, un vrai cloaque.» Voilà ce que clamaient nos magistrats de la Ville lors d’une réunion publique, pour bien montrer qu’ils avaient compris la grogne populaire. Deux ans plus tard, c’est le branle-bas de combat. Au mois de juin, un vaste chantier va s’ouvrir. Des travaux de terrassement vont constituer la première étape d’une métamorphose qui devrait s’étaler sur deux à trois ans (la Ville reste prudente sur le planning).
Vastes allées ombragées
Au final, la plaine offrira de vastes allées ombragées, un sol couleur brique et des espaces décloisonnés, sobres, débarrassés de tout ce fatras de poteaux et autres armoires techniques qu’on trouve trop souvent sur nos espaces publics.
Ce réaménagement est une gageure. «La plaine, c’est le champ de foire et le marché de la ville, commente Marie-Hélène Giraud, cheffe du Service de l’aménagement urbain. Il faut concilier une multitude d’usages.» Et pas question d’exclure qui que ce soit.
«Nous voulons offrir aux Genevois un lieu de loisirs et de rencontre de qualité, poursuit le conseiller administratif Rémy Pagani. Mais les professionnels comme les marchands, les forains ou les gens du cirque doivent y trouver un outil de travail performant.» Or, la plaine est de plus en plus sollicitée. Les marchés sont presque quotidiens, les manifestations se multiplient. C’est donc cette recherche de polyvalence qui a guidé la conception du projet, concrétisée par le groupement d’architectes Circus.
Le gohrr du Beaujolais
Le centre de la plaine restera dévolu aux grandes manifestations et, grande première, sera interdit aux voitures. Le chantier qui s’ouvre consistera à le drainer et l’équiper pour le rendre plus fonctionnel (lire ci-dessous).
La surface sera couverte d’un revêtement appelé «gohrr du Beaujolais». Ce matériau de couleur brique a eu de la peine à s’imposer au Conseil municipal face aux nostalgiques de la pelouse. Pour la Ville, il s’avère toutefois le plus à même de supporter toutes les activités. «Le gohrr est perméable, il supporte les grosses charges, on peut y planter des pieux profonds et on peut le réparer», explique Marie-Hélène Giraud. Il est d’ailleurs testé depuis dix ans vers le terrain de pétanque.
La Ville veut aussi croire que ce revêtement disciplinera les propriétaires de chiens, le gohrr offrant une visibilité totale aux déjections. Cette première étape coûtera 12 millions de francs.
Troisième rangée d’arbres
Les bords de la plaine seront, eux, destinés aux marchés et à la flânerie, comme aujourd’hui. Mais les mails seront élargis et on plantera une troisième rangée d’arbres. Ce volet constitue la deuxième étape du réaménagement pour lequel les crédits n’ont pas encore été chiffrés. «Mais nous espérons la commencer à la suite du premier chantier», affirme Rémy Pagani.
Pas de clôtures
On y réinstallera aussi une place de jeux, les terrains de pétanque et une, voire deux buvettes saisonnières. Le Conseil administratif rêve aussi d’y construire un «bowl», à savoir un skatepark coulé dans le sol. Mais son principe et sa dépense doivent aussi passer devant le Conseil municipal.
Ces différents éléments ne seront pas clôturés. Rémy Pagani défend une place décloisonnée. «Cette plaine doit pleinement jouer son rôle de lieu social et de rencontre, plaide le magistrat.?Un élément d’intégration des habitants de cette ville.»
Le chantier en deux phases
- Première étape
Les travaux qui commencent en juin vont entraîner la fermeture du demi-losange de la plaine, côté Sud. Des palissades seront dressées. Les mails
qui les bordent ne sont pas touchés; les marchés pourront s’y dérouler.
«Le chantier consiste à poser des canalisations de drainage et d’amenée d’eau potable et d’électricité sous toute la surface», explique Rodolfo Zumbino, ingénieur au Service du génie civil. Les utilisateurs auront ainsi une trentaine de points de branchement, cachés sous des grilles.
Fini donc ces câblages sauvages qui courent sur la plaine. «Nous creuserons à deux mètres, car les usagers comme les cirques plantent leurs pieux à 1,60 mètre», poursuit l’ingénieur. Ces travaux dureront un an.
A l’avenir, le centre de la place sera interdit aux voitures. Les clients des marchés pourront utiliser les monte-charges qui les mènent au parking souterrain.
- Deuxième étape
Les mails sont aujourd’hui trop serrés; on se marche dessus entre les stands des puciers. On va donc espacer les rangées d’arbres et en rajouter une troisième. Mais pas question de faire tabula rasa. La santé des arbres est examinée et le replantage sera progressif. La Ville souhaite commencer cet aménagement dès l’été 2010. Les crédits n’ont pas encore été ficelés. Ces travaux pourraient durer deux ans. Les marchés ne cesseront pas leurs activités.
Demain, trop petite
COMMENTAIRE
La valeur d’un espace public se mesure à son usage. On jugera donc dans quelques années le réaménagement qui commence. Mais a priori, les intentions sont bonnes. Les concepteurs ne se sont pas laissés déborder par les multiples demandes qui revendiquaient ici un parc, là un local municipal, au risque d’encombrer les lieux. La plaine se veut un espace polyvalent mais sobre, à même de valoriser ce superbe poumon de respiration au centre-ville. Tant mieux.
Mais la plaine montre aujourd’hui ses limites. Les manifestations se multiplient et les grands rassemblements à vocation régionale, comme l’Eurofoot l’année dernière, peinent à s’insérer dans un quartier très habité.
Au centre de la ville ancienne, ce quadrilatère devient trop petit pour une Genève qui déborde de ses frontières. Il faut donc penser à aménager un autre espace, mieux adapté aux besoins de la ville de demain. Le quartier de la Praille semble tout disposé à l’accueillir.