Les amatrices de talons aiguilles peuvent respirer. La place du Molard cessera d’être un calvaire pour leurs chaussures préférées et pour leurs chevilles. La Ville va en effet refaire le jointoyage des pavés qui habillent le sol de l’esplanade historique. Car celui qui avait été installé lors de la réfection de la place en 2004 a mal vieilli. Les interstices entre les pierres se sont creusés de plusieurs centimètres au fil du temps, devenant un véritable écueil pour talons hauts. Le service du génie civil teste actuellement différentes sortes de joints pour trouver la solution adéquate.
Exercice d’équilibrisme
A l’époque, en 2004, les architectes avaient opté pour une résine faite de sable et de composants synthétiques. Celle-ci présentait l’avantage d’être perméable à l’eau pour un meilleur écoulement en temps de pluie. Ce matériau était déjà utilisé ailleurs en Europe. «Mais on a constaté que cela ne tenait pas sur la durée», regrette Jean-Jacques Mégevand, chef adjoint du service du génie civil. «Apparemment, les véhicules de nettoyage de la Voirie, avec leurs brosses rotatives, enlèvent à la longue la partie supérieure du joint. C’est au point que certains pavés finissent par se desceller.
On nous appelle régulièrement pour une remise en état.» L’entreprise ayant réalisé le pavage a même refait complètement le jointoyage. En vain.
Pour les femmes en talons aiguilles, traverser la place du Molard s’apparente à un véritable exercice d’équilibrisme. «Je fais attention, je marche à deux kilomètres à l’heure», confie Laura Quintero, une étudiante haut perchée qui passe souvent par là. D’autres semblent plus à l’aise: «Cela ne me dérange pas», lâche Nathalie Michaud, dont les talons claquent sans la moindre hésitation sur le pavé, comme si de rien n’était. «Et puis c’est tellement beau, les pavés.»
Sur ce point, Meriehi Castro est d’accord, même si elle s’y est déjà cassé un talon: «C’est joli ces pavés, mais c’est difficile d’y trouver son équilibre.» Le cordonnier du coin, lui, peut se frotter les mains: «Nous avons sans arrêt des femmes qui viennent pour des talons cassés», confirme Fahmi Sahraoui, employé chez Mister Minit, à Globus. «Sur la cinquantaine de clients que nous avons chaque jour, cela en représente environ la moitié. Pour rire, je leur dis que c’est moi qui ai installé ces pavés exprès.»
Des essais ont été faits à différents endroits de la place. Ils seront évalués à la fin de l’année, pour voir comment les diverses techniques résistent aux contraintes comme le gel, les variations de température, le passage des véhicules de livraison, la neige, le sel pour dégeler, etc. Le tout étant de trouver un matériau à la fois résistant et souple pour s’adapter à la déformation et à la dilatation du pavage. Sans oublier l’aspect esthétique. On pourrait en revenir au bon vieux mortier, comme en Vieille-Ville.
Pour l’heure, le service du génie civil genevois est justement aujourd’hui à Lausanne, afin de voir quelle solution les Vaudois ont trouvé à ce problème.