Quand le grand ordonnateur de toutes choses créa le monde, sa libido n’était-elle pas un peu chahutée sur les bords? Pure calomnie? Taratata.
A côté de la sexualité des plantes et des animaux, les jeux sado-maso de Cécile B. et du banquier Edouard Stern, c’est de la roupie de sansonnet. La preuve? André Langaney, généticien et professeur à l’Université de Genève, et Carali, dessinateur et fondateur du magazine Psikopat, publient La vie en rut (Editions Siné Hebdo). Un hors-série disponible dans les kiosques dès aujourd’hui, qui détaillent les mœurs débridées et exotiques de la faune et de la flore planétaires.
Plaisirs solitaires
A commencer par les éléphants de mer. Plus addict au sexe, tu meurs! Il faut dire qu’ils ont du pain sur la planche. Les plus costauds, une poignée, se réservent la totalité des femelles. Les malingres sont repoussés dans les rochers avec interdiction de venir conter fleurette aux éléphantes. Résultat, les premiers passent le plus clair de leur temps à s’envoyer en l’air.
A l’inverse du symphile, un minuscule mille-pattes, accro, lui, aux plaisirs solitaires. Point de parties de jambes en l’air chez l’insecte. Le mâle dépose sa semence dans une enveloppe cornée, le spermatophore. Et après, il va se balader ou jouer au foot (c’est selon). Les femelles n’ont plus qu’à ingurgiter le reproducteur breuvage pour assurer la descendance.
Pas mieux chez les pseudo-scorpions, peu enclins à se fouler pour la bagatelle. Soit, ces messieurs assurent les préliminaires avec danse du ventre et tout le toutim. Mais rien de plus, l’arachnide use d’un sex-toy pour féconder la femelle. Selon un rituel assez musclé, somme toute. Il dépose donc ses spermatozoïdes dans l’oblong organe et contraint la femelle à s’empaler en la maintenant d’une pince ferme.
Caution scientifique
C’est un travail de fourmi qu’André Langaney a ainsi réalisé. Une compilation de 64 histoires d’amour trash puisées dans son cerveau
de professeur en biologie du comportement animal (notamment) et dans la nature pas si paisible que cela. Mais quelle mouche a donc piqué le généticien pour qu’il réalise un tel recueil? «L’idée est née dans l’esprit de Catherine Siné, après la lecture de mes chroniques dans différentes publications.»
Certes, mais tout ceci est-il bien sérieux? Et comment! C’était même la condition sine qua non. «Tout ce qui figure dans ce magazine est scientifiquement irréprochable», insiste le spécialiste.
Un mot sur le langage.
André Langaney a beau avoir fait bac plus quinze (minimum), il ne s’embarrasse pas de formules savantes et hermétiques. «Le principe était de toucher tous les publics, y compris la jeunesse», affirme-t-il encore. Alors, à la trappe les locutions latines, les métaphores sibyllines et la terminologie obscure. L’expert appelle un chat un chat. Un mot sur l’illustration? Carali est, côté jardin, un grand garçon timide et, côté cour, un dessinateur, comment dire… créatif et sans tabou. Voilà pour les conditions de procréation de l’ouvrage.
Une soirée gourmande
Revenons à nos moutons. Ou plutôt à la mouche scorpion, dont le comportement n’est pas sans rappeler le cérémonial humain pré-copulatoire. Or donc, pour obtenir quelques faveurs, le mâle commence par offrir un minigueuleton à sa promise.
Il dépose, non sans une certaine solennité, une goutte de salive contenant les restes de son dernier repas aux pieds de sa douce. Ne faites pas la fine bouche, la chose est aussi appréciée qu’un mets préparé par Chevrier.
Ainsi pendant que la mouche scorpion fille ponctionne avec sa trompe le plat fait maison, son partenaire déploie une sorte de pince abdominale. Et vous imaginez la suite.
Mais tous les animaux ne voient pas la vie en rose. Observez plutôt le solifuge, une araignée du désert, guère tendre avec sa camarade de jeu érotique. Avant de passer à l’acte, l’insecte commence par saisir la femelle, puis il la plie en deux et la frappe au sol avec violence. Et rebelote après avoir assouvi ses bas instincts.
Toujours au chapitre des violences conjugales, les dauphins font volontiers dans la barbarie. Brutaux, amateurs de tournantes et pédophiles, excusez du peu.
Et la morale alors?
La vie en rut a beau avoir l’apparence de la légèreté, il y a une leçon derrière la leçon animalo-végétale. Le sexe est à l’origine de la plupart des espèces vivantes et de leur survie ainsi que de l’inspiration des penseurs et des artistes. «Il devrait donc être glorifié et favorisé plutôt qu’encadré et réprimé», écrit André Langaney.
Mieux, l’universitaire se demande pourquoi se cacher plus pour copuler que pour manger et dormir. «L’acte sexuel est naturel et banal.
Le cacher impose une éducation abstraite et cause pathologies et perversions.»
A méditer. Seul ou en couple et sur la plage en observant les ébats super hot des créatures.