«L’aviation légère est condamnée à mort à Genève au profit du trafic de lignes et des charters!» tonne Me Grégoire Rey. L’avocat, qui représente les intérêts de l’Association des pilotes et des propriétaires d’avions privés, vient d’attaquer en justice l’Aéroport International de Genève (AIG) et l’Office fédéral de l’aviation civile.
Dans son recours devant le Tribunal administratif fédéral, l’avocat fustige les restrictions croissantes de vols touchant aussi bien l’aviation de loisir que l’aviation d’affaires (vols taxis et les vols de jets privés). «Ces contraintes créent de très longues listes d’attente. Et pas seulement pour les 3000 membres de l’association. Elles menacent aussi l’entraînement des pilotes, qui doivent faire 3 vols et 3 atterrissages par mois pour conserver le droit de transporter des passagers. Il sera souvent impossible de respecter cette obligation de formation. On sent bien qu’on veut inciter les gens à aller parquer leur avion à Annemasse.»
100?000 passagers
Le nerf de la guerre c’est le «PPR», un système de contingentement de vols pour l’aviation légère, y compris celle d’affaires, utilisant la piste de béton principale. En 2005, l’AIG a introduit ces restrictions durant la saison d’hiver, le samedi et le dimanche, en raison de la forte fréquentation des charters de touristes, précise le recours. Cette mesure a été reconduite un an plus tard. «Et l’année d’après encore, l’AIG a étendu le dispositif au vendredi en raison de la tendance de certains pilotes à avancer leur vol ce jour-là pour échapper aux restrictions du week-end.»
En novembre dernier, les pilotes se rebiffent en lisant une lettre de l’AIG qui dit «avoir l’intention de rendre le PPR permanent». En clair, les recourants reprochent à l’AIG de vouloir étendre le contingentement à tous les jours de la semaine durant l’hiver. L’association décide alors de saisir la justice fédérale. Pour Me Rey, ces restrictions créent des listes d’attente de plusieurs semaines, voire plusieurs mois. «Si on veut voler pendant ces périodes, il faut s’inscrire très à l’avance et les premiers inscrits sont les premiers servis. Là, c’est plein jusqu’en février.»
Du côté de l’AIG, son porte-parole Philippe Roy assure que Genève fait son possible, dans les limites de la concession fédérale, pour faire cohabiter les différents types d’aviation: «Vous savez, les vols de lignes et les charters représentent 11 millions de passagers. L’aviation privée 100?000.»
Piste en herbe?
La piste en herbe ne pourrait-elle pas constituer une solution? «Non, assure Philippe Roy, car elle est souvent fermée en raison de la pluie ou de la neige.» Et Me Rey de déplorer que «même cette piste soit soumise à des restrictions en raison des jours où le trafic est dense. Bref, on cherche, aussi via la multiplication de taxes, à asphyxier nos activités par des moyens détournés. On veut nous sacrifier au profit du dieu dollar. Or l’AIG fait partie du service public financé en bonne partie par les contribuables.»