C’est sa première Revue et il compte bien faire honneur à la tradition du plus satirique des spectacles genevois. Depuis hier soir au Casino-Théâtre, le gag règne en maître. Mais qui dit nouveau metteur en scène dit forcément nouveau style. «On a décidé de ratisser large», résume Philippe Cohen, également coauteur aux côtés de son complice Gaspard Boesch.
A quoi ressemble la cuvée 2009? Coutume oblige, elle est fortement imbibée de cruauté. Ce qui n’empêche pas d’adoucir l’ensemble avec quelques sketches emprunts de tendresse. «Le spectacle fait intervenir des personnages qui ne sont pas nécessairement connus, mais qui font partie de notre quotidien.»
Comme pour marquer le coup, le nouveau chef d’orchestre a baptisé son show la R’vue. Mais pas question pour lui de révolutionner le genre. Son unique souci: injecter une bonne dose de férocité pamphlétaire à l’aide d’une formule revisitée, tout en contrôlant parfaitement les risques de dérapage.
Mais qui se cache derrière les commandes de la R’vue? Né sous le signe des gémeaux en 1954, Philippe Cohen a vu le jour à Tunis. «J’ai vécu dans un pays où le président Zine el-Abidine Ben Ali se fait régulièrement élire avec 90% des voix. Aujourd’hui, je m’estime privilégié de pouvoir vivre en Suisse», précise l’amoureux des systèmes démocratiques.
L’anti-Napoléon des planches
C’est à l’âge de 8?ans que le futur artiste quitte le bassin méditerranéen. Direction Paris, où le jeune Philippe Cohen entreprend des études littéraires. «Avec mes copains de lettres, on a interrompu nos cours pour monter un groupe de musique de rue», se rappelle celui qui, adolescent, taquinait aussi bien la trompette que le banjo, tout en rêvant un jour de devenir percussionniste de grande renommée.
L’avenir en aura décidé autrement. La vie a fait de lui un «artiste improvisé», faisant la navette entre Genève et Paris, avant de poser définitivement ses bagages dans la ville du bout du lac en 1980. «J’ai épousé une Tessinoise», glisse le souriant troubadour.
Mais Philippe Cohen, c’est aussi un brillant parcours en solo. L’artiste a également plusieurs spectacles à son actif, qui l’ont fait connaître dans toute l’Europe et au Canada. «C’était la belle vie», glisse le mime de formation. Aujourd’hui, quand il n’enseigne pas cet art ou l’improvisation théâtrale, le stakhanoviste du verbe réalise des soirées spectacles taillées sur mesure pour des entreprises ou des associations. Son dada: la mécanique des mots et la compréhension des textes, pour préparer le public à la réflexion.
Côté famille, Philippe Cohen est père de deux enfants… ou plutôt trois. Le petit dernier s’appelle Confiture, une compagnie qu’il a cofondée il y a treize?ans. C’est là qu’il a appris les rudiments de la gestion d’entreprise. «La R’vue, c’est environ 40?personnes qu’il faut gérer! Le travail est épuisant. Il a commencé en décembre 2008», précise son nouveau directeur, qui avoue manquer parfois de sévérité à l’égard de ses troupes.
Philippe Cohen a donc trois ans – la durée de son mandat, attribué sur concours – pour démontrer ses talents. En 1989 et en 1990, il a participé aux éditions de la Revue imaginées par Pierre Naftule. Pendant douze?ans, il fut également décrypteur d’actualité à la TSR, dans le cadre de l’émission Le fond de la corbeille. Le fin limier des travers de la République sait donc taper là où cela fait mal.
Questionnaire de Proust
Philippe Cohen se prête au célèbre jeu des questions.
- Mon livre favori: Phèdre, de Jean Racine.
- Le juron que je préfère: de bleu!
- Une qualité que j’apprécie particulièrement chez un homme: la franchise.
- Chez une femme: l’énergie.
- L’état présent de mon esprit: fatigué…
- Le lieu de mes prochaines vacances: si je pouvais, ce serait le Portugal. Mais pour l’heure, ce projet reste en stand-by.
- Le dernier film que j’ai vu: Whatever Works, de Woody Allen.
- La faute qui m’inspire le plus d’indulgence: le désordre.
- Mon humoriste favori: Jamel Debbouze.
- Le pays où je désirerais vivre: Une petite crête égarée dans un coin de la Méditerranée.
DjN