Cinquante-six pour cent des vertébrés sont des poissons. Si la simplicité de leur cerveau ne donne aucune indication sur leur aptitude à ressentir la douleur, il est reconnu qu’ils sont sensibles au stress. Tout pêcheur peut s’en rendre compte quand il voit sa prise se tortiller au bout du fil de sa canne ou dans les mailles du filet.
C’est ainsi que le poisson a trouvé sa place dans la loi fédérale sur la protection des animaux. L’ordonnance relative à la Loi fédérale sur la pêche, entrée en vigueur le 1er janvier dernier, contraint tout pêcheur à faire preuve de ses connaissances halieutiques s’il veut obtenir un permis annuel. Au terme d’une formation et de la réussite d’un test, il recevra une «attestation de compétence SaNa» (pour Sachkunde Nachweis).
Un test très facile
Si l’ordonnance est fédérale, les cantons ont une certaine marge de manœuvre pour inculquer ces notions de base. Certains ont organisé des cours de trois jours avec de la pratique. A Genève, un cours théorique sur une matinée est considéré comme suffisant pour le conclure par le test de compétence. Et cela, seulement pour les nouveaux pêcheurs qui revendiquent un permis annuel. Ceux qui ne veulent pêcher qu’un jour et ceux qui ont un permis annuel depuis cinq ans sont dispensés.
Ce sont pourtant ces derniers, pêcheurs amateurs aguerris, qui ont participé, samedi à la Caserne des Vernets, au premier cours. Une petite quinzaine d’hommes qui ont fait preuve d’une patience digne de leur passion. En effet, le cours dispensé par deux moniteurs formés tout exprès n’a fait que leur rafraîchir les idées. Savoir distinguer une truite d’un gardon, une nageoire caudale d’une nageoire dorsale, savoir comment ramener un poisson et enlever un hameçon, étourdir et donner la mort, peu de notions étaient inconnues de l’équipe venue samedi, pêcheurs au lac ou en rivière.
Néanmoins, tous ont admis que le cours est une bonne chose. On y apprend surtout à pêcher de manière responsable en respectant l’environnement et les espèces. Gage d’une bonne image de ce sport. On y apprend l’anatomie des poissons, leur stratégie de frai. On rappelle l’interdiction d’arracher l’hameçon ou de lancer un poisson à l’eau. On précise les périodes et les modes de capture.
Et c’est là que le débat s’anime. Car l’ordonnance précise qu’on ne doit pas pêcher dans l’intention de relâcher le poisson. S’il est évident qu’on doit le faire si l’animal n’a pas la taille minimale, nombre de pêcheurs pratiquent de plus en plus le catch and release ou no kill en opposition à la pêche au kilo. Alors, dilemme? «Le principe est de ne pas jouer avec le poisson, indique Gottlieb Dändliker, inspecteur cantonal de la faune. Tout est une question d’éthique. On peut prendre une décision personnelle d’ordre écologique.»
Pêcheurs: inscrivez-vous!
Pour l’ouverture de la pêche au lac, le 18 janvier, une dérogation (genevoise) permettra aux candidats d’obtenir leur permis en s’engageant à prendre le cours ultérieurement. Pour l’ouverture en rivière, le 7 mars, les pêcheurs devront avoir leur attestation de compétence. Ils ont intérêt à s’inscrire rapidement (Direction générale nature et paysage). D’après les statistiques, ils devraient être 200 à 300.