«I fo na frè c ta matin», dirait un patoisan. Il est vrai que ces temps-ci, les températures matinales sont basses. Dans la Band’à Fanfoué, le patois savoyard n’est pas une langue morte, bien au contraire. Depuis plus de 30?ans, des mordus entretiennent ce parler d’antan.
A la tête de l’association de Reignier, (Haute-Savoie) à dix kilomètres de la frontière:Roland Démolis. «Tout a commencé dans les années 70, des habitants ont demandé à François Vachoux, maçon de son état et passionné de patois, de les initier. Sans lui, on n’en serait pas là aujourd’hui», souligne le président.
De l’initiation, on passe dès 1973 aux représentations. «A l’époque, la troupe compte quatre François et se retrouve donc baptisée la Band’à Fanfoué.» Dans ladite bande, il y a ceux de la première heure, comme Roland Démolis ou l’actuel metteur en scène, âgé de 88?ans, mais aussi quinze jeunots. Pour Antoine Contat, 20?ans, le patois, c’est une réalité quotidienne. «Quand mon père m’engueule, c’est en patois. Autant dire que j’en entends tous les jours!»
Pudiquement, Roland Démolis affirme ne pas le parler couramment et garde toujours un dictionnaire à portée de main. «Comme beaucoup de parents, les miens évitaient de parler en patois à leurs enfants pour ne pas déformer leur français.»
C’est ainsi que cette langue est tombée en désuétude. Mais c’est aussi ce qui explique le succès des soirées théâtrales tout en patois, données une fois par an par la Band’à Fanfoué.
«Retour aux sources»
«On a appelé cela les veillées, en souvenir des veillées d’hiver, durant lesquelles les gens se rendaient chez les uns et les autres pour faire des jeux, casser des noix, etc.» Dès les premières veillées, la salle est comble. «Les spectateurs étaient alors essentiellement des citadins qui, ayant vécu leur enfance à la campagne, appréciaient ce retour aux sources.»
Depuis, le succès ne s’est pas démenti. La Band’à Fanfoué joue à guichets fermés. Sur les dix veillées, dont la première se tient ce soir à la MJC de Reignier, il ne reste que quelques places pour le vendredi 5 février.
Avant de monter sur les planches, l’heure est aux ultimes répétitions. «Durant la soirée, on alterne entre le spectacle en trois parties et le repas avec des produits du terroir», détaille Roland Démolis. A coup sûr, «on va mghi on bocon d’tomme» (On va manger un bout de tomme).
Cette année, en l’honneur du 150e?anniversaire du rattachement de la Savoie à la France, les dernières scènes s’inspirent de cette période clé de l’histoire de la région. Sur ce, «Arvi pa!»