Les habitants des Pâquis en ont assez. Du bruit, de la violence, des loyers qui augmentent et des petits commerces qui ferment. Ou encore des politiques qui les ignorent, hors période électorale. Samedi, à l’appel de trois associations, près d’une centaine de Pâquisards ont décidé de se mobiliser pour que leur quartier redevienne vivable.
La salle du Môle était donc bien garnie, dès 9?h du matin. Les organisateurs, membres de Survap (Association des habitants des Pâquis), de l’Espace solidaire Pâquis et de la Fondation de l’entre-connaissance, en étaient les premiers heureux.
«Nous souhaitons restituer la parole aux habitants et commerçants face aux discours réducteurs sur notre quartier qui ont émaillé la campagne électorale pour le Grand Conseil et le Conseil d’Etat, cet automne», explique Guy Valance, de Survap.
Tout était prévu: café-croissant le matin, revigorante soupe de légumes à midi. Car, entre les débats et les ateliers, les participants ont été tenus en haleine jusqu’à 17?h!
Questionnaire révélateur
Affichés sur les murs de la salle, des dizaines de témoignages. Fruits d’un questionnaire distribué à 500 exemplaires dans le quartier, ces deux derniers mois. Morceaux choisis: «Nos nuits sont ruinées de juin à septembre par des individus bruyants et avinés»; «Ce quartier à une âme, mais trop de bruit»; «Avant, on pouvait le traverser à 3 ou 4?h du matin»; «Les artisans ont quasi disparu»; «Victime de quatre vols à la tire en trente ans». Mais aussi: «Je me plais ainsi que ma famille aux Pâquis et je n’en partirai pas.»
Les débats, nourris, tournent autour du quotidien des Pâquisards présents. Certains confient leur amour pour ce quartier «chaud, certes, mais populaire», pourtant nombreux sont ceux qui déplorent la violence, autour de la drogue ou des boîtes de nuit. Tel Pierre Losio: «Il y a une semaine, un habitant a été tabassé ici, il y a trois semaines, un tabac journaux a été braqué au Taser. Des personnes âgées m’ont dit avoir modifié leur itinéraire de promenade ou leurs heures de sortie avec leur chien, par peur!» Une femme, qui habite depuis douze ans aux Pâquis, craque littéralement: «La police nous dit qu’elle ne peut rien faire, la justice ne peut rien faire, qui nous protégera?»
Cet état des lieux, nécessaire, débouche sur plusieurs pistes de réflexion, mais principalement sur la nécessité, pour les habitants, de se mettre en réseau, de regrouper leurs expériences. «Dans d’autres quartiers, des structures citoyennes existent. Il faut nous en emparer, nous en inspirer», lance Guy Valance.
Pour les propositions concrètes, il faudra attendre un peu. Une prochaine rencontre aura lieu le 19 avril. Mais samedi, les habitants présents se sont quittés avec l’espoir que leur quartier retrouve sa convivialité d’antan, à condition qu’eux-mêmes se mobilisent, sans attendre les décisions des autorités politiques.
Ce qu’ils en disent
«J’habite aux Pâquis depuis vingt ans, confie Catherine. Ça a bien changé depuis deux ou trois ans. Avant, la mixité culturelle et sociale ne posait aucun problème. Aujourd’hui, la violence est plus visible. Un sentiment de peur nous gagne, mon mari et mon fils ont subi des vols à la tire. La drogue? Ce n’est pas un phénomène de classe sociale basse, c’est la jeunesse dorée qui se fournit dans les boîtes du quartier.»
Gaddafi et Rahila sont à la fois habitants et commerçants, depuis 2004: «Bien que notre magasin ferme tard la nuit, on n’a pas trop de problèmes. Sauf avec des faux billets. Mais il est vrai que certains endroits des Pâquis craignent.»
Gil est ici depuis six ans: «Ce quartier est vivant, je m’y balade le soir… Mais j’ai déjà été victime de deux tentatives de cambriolage. Et la police m’a dit ne rien pouvoir faire. Comme quand j’ai essayé de régler un problème de poubelles dans la cour. Régie, Voirie, autorités, tout le monde s’est renvoyé la balle. On a l’impression de ne pas être entendu, c’est frustrant.»
(xl)