Extrême gauche

Il ouvre une librairie anarchiste: un pari osé!

Par CHRISTIANE PASTEUR le 21.01.2010 à 00:00

Dans son magasin de la rue Voltaire, Pierre Wyrsch cultive l’esprit libertaire.

Librairie anarchiste. C’est écrit sur la porte. Miser sur le livre – le vrai, à l’ancienne, avec du papier et de l’encre – c’est déjà gonflé. Parier sur la littérature d’extrême gauche ne serait-ce pas un tantinet kamikaze? «Je reconnais une certaine inconscience, rigole Pierre Wyrsch, mais si on n’essaie pas de réaliser ses rêves, on ne fait plus rien!»

Située à la rue Voltaire, tout un symbole, Fahrenheit 451 – en hommage au roman de science-fiction de Ray Bradbury – vient de fêter ses six mois d’existence. Un premier bilan de cette entreprise d’insoumission à la pensée unique? «De nouvelles têtes arrivent tous les jours et des bibliothèques de collèges commencent à me passer commande. Je parviens à couvrir mes frais, mais pas encore à me verser un salaire.»

A 51?ans, celui qui se décrit comme «profondément humaniste» a pas mal bourlingué.

Né à Montréal, d’une mère canadienne et d’un père suisse, il débarque à Pully à l’âge de 10?ans. Il sera tour à tour libraire, éditeur et programmeur-analyste en informatique dans le canton de Vaud et même quelques années au Canada, où il décide de s’installer avec sa compagne, histoire de renouer avec ses racines. «Un jour, j’en ai eu assez de vendre des bouquins de développement personnel. Selon moi, la plupart des problèmes se situent au niveau de la société et non de l’individu.»

Changer le monde

Son anarchisme, il le cultive depuis l’adolescence. La musique punk d’abord. Les images chocs ensuite. Notamment celles de la répression s’abattant sur les manifestants s’opposant à la guerre du Vietnam, dans les années?60. La théorie, enfin. «J’ai toujours senti une révolte en moi, une certaine colère envers la société. Petit à petit, on cherche, on se renseigne sur les différentes tendances politiques, le fonctionnement de l’Etat. J’ai lu les textes fondateurs. La pensée libertaire est vaste et multiple, en constante évolution.»

Une pensée qui représente, selon lui, le «seul espoir de changer le monde d’une façon raisonnable». «Contrairement aux idées reçues, et il s’agit du point positif déterminant à mes yeux, l’anarchisme ne signifie pas le chaos. Au contraire, c’est l’ordre moins le pouvoir.

Chacun est responsable de soi-même et de ses actes.»

Fahrenheit 451 constitue donc l’aboutissement d’un parcours et d’une réflexion. Sur les étagères, pas de vieux livres recouverts de poussière. On retrouve certes en bonne place les grands classiques de la pensée libertaire, de Proudhon à Louise Michel en passant par Bakounine, mais pas seulement. La boutique regorge de nouveautés traitant des questions sociales, des médias, du syndicalisme, des prisons, de la subversion, de la répression ou de l’écologique politique. A rebours des produits culturels «à consommer frais et à jeter ensuite».

«Je n’ai bouffé personne»

Aux côtés d’auteurs comme Chomsky, Bourdieu et Voltairine de Cleyre, nous découvrons un exemplaire de L’élégance du hérisson de Muriel Barbery. «Je vise aussi une clientèle de quartier et possède un bon rayon de littérature générale. Parfois, la théorie, c’est un peu sec. Il existe différents moyens pour faire passer des messages.»

Forcément, une librairie anar, ça file des frissons. Parmi les habitants du quartier, tous n’osent pas franchir le pas. «Je les vois, ils regardent la vitrine, mais craignent d’entrer. Une petite boutique, c’est plus intimidant qu’une grande surface.» Sans parler du cliché éculé du poseur de bombes… «Ceux qui ont poussé la porte ont bien vu que je ne les ai pas bouffés tout crus.»

C’est le cas d’Elisabeth, qui vient ce jour-là acheter des cartes de vœux. Intéressée par la pensée libertaire? «Non, mais je trouve ça très bien. Il faut du courage pour le mettre sur la vitrine, surtout à Genève, c’est tellement plan-plan. Moi je suis trop lâche, mais c’est clair que la société ne va pas bien.»

Et la nouvelle génération, qu’en pense-t-elle? Force est de constater que les étudiants du Collège Voltaire, situé juste en face, ne se pressent guère au portillon. «Je m’interroge, évidemment, puisqu’ils sont à un âge où les questions de justice devraient les remuer. Peut-être ont-ils trop de boulot. A moins que ce ne soit le règne du chacun pour soi…» La société du «self-service» comme il dit.


Pratique

Librairie Fahrenheit 451, 24, rue Voltaire. Tél. 022?566?28?27. Site internet: www.fahrenheit451.ch
Du mardi au vendredi de 10?h à 18?h?30, samedi de 10?h à 17?h (souvent ouvert plus tôt tous les matins…). Lundi: fermé.

 

Sondage

Hooliganisme: faut-il fouiller tous les supporters à l'entrée des stades?





Dernières offres

Marché

Administrateur SAP BC (Basis) expérimenté / H-F JPL Informatique SA, Vaud

Un(e) Assistant(e) Corporate Service ConnectPartners Sàrl, Geneve

Test Manager (H/F) QIM Info SA, Geneve

Sondage

Des tours aux Vernets: qu'en pensez-vous?





Service clients

  • Abonnements et renseignements
    Nous contacter
    lu-ve 7h30-12h/13h30-17h
    Tél. 0842 850 150, Fax 022 322 33 74
    Depuis l'étranger: +41 22 322 33 10
    Adresse postale: Service clients
    CP 5306 - 1211 Genève 11

Quel conseiller d'État vous inspire le plus confiance?

Charles Beer

 
11.7%

David Hiler

 
26.2%

Michèle Künzler

 
2.6%

François Longchamp

 
16.7%

Mark Muller

 
5.7%

Isabel Rochat

 
3.6%

Pierre-François Unger

 
12.7%

Je ne sais pas

 
20.8%

Biens immobiliers

Marktplatz
Recherche immobilière

Liens Immobiliers
Déménager
Comparer hypothèques
Habiter
Publier une annonce
Saisir votre annonce
Cartons de déménagement
homegate Des cartons pratiques de homegate.ch sont livrés à domicile. Plus

En coopération avec:

Homegate

SEARCH.ch

Commerce