Inculpé pour la noyade d’une mère de famille, S. vient d’être mis hors de cause un an après le drame. Dans une ordonnance de classement du 27 juillet, le procureur Raphaël Martin conclut que ce Français de 34?ans ne peut être poursuivi pour omission de prêter secours et encore moins pour homicide par négligence comme le voulait la famille de la défunte: «Elle a insisté pour se baigner. (…) Il n’a pas lui-même créé un risque», relève le magistrat.
La victime s’est noyée le 25 juillet 2010 dans le lac, au port Wilson, en face de l’Hôtel Président: tombée dans le coma, cette Française, âgée de 30?ans, est décédée trois semaines plus tard.
Lèvres bleutées
La défunte, qui avait passablement bu ce soir-là, a perdu connaissance vers 20?h, à environ un mètre du rivage. «Elle avait les lèvres bleutées et de l’écume au coin de la bouche», explique S. durant son audition. Après avoir coulé à pic, elle serait restée une dizaine de minutes sous l’eau à moins de deux mètres de profondeur. A en croire, à l’époque, les premiers soupçons des enquêteurs, l’homme qui a été inculpé sans avoir été mis en détention préventive aurait pu la sauver. Mais depuis le début, S. répète pourtant avoir conseillé à la victime de ne pas se baigner «en raison de la fraîcheur de l’air, de l’eau et du fait qu’elle avait bu de l’alcool». Une version qui a visiblement convaincu le procureur. Ce dernier relève dans son ordonnance que S. ne sait pas bien nager et qu’il souffre d’un problème à la hanche: «Cet homme de petite taille – 1,55?m – aurait tenté en vain de lui tendre la main depuis la berge.» Employé dans un garage, S., un père de famille domicilié en France voisine, a préféré appeler la Centrale d’alarme des sapeurs-pompiers français plutôt que de se jeter à l’eau. Les secours sont intervenus mais tardivement, déplore l’avocat de S.
Cocktail fatal
Amants d’un jour, les deux protagonistes de ce drame se connaissaient depuis environ 18?heures. Cette soirée-là, la victime, qui souffrait de problèmes d’alcoolisme, a bu de la bière alors qu’elle venait de sortir d’un établissement médical contre les dépendances. S. le savait-il? «Le prévenu ne pouvait connaître la conjonction d’une alcoolémie avec une imprégnation d’héroïne ou de morphine», conclut le procureur, mettant pénalement hors de cause S.
Enfin, le magistrat a écarté l’hypothèse selon laquelle l’homme aurait profité de l’état de la victime pour obtenir une relation sexuelle: «Rien n’autorise à penser qu’elle aurait été obtenue en profitant d’une incapacité de discernement, résume le procureur, s’appuyant sur l’avis du psychiatre de la défunte. Elle pouvait prendre ses décisions et avait un discernement tout à fait correct.»