Société

Nouvelles recrues: la police piste la matière grise

Par ARNAUD CERUTTI le 17.03.2010 à 00:00

Université, concerts de teenagers, Salon de l’étudiant, les forces de l’ordre investissent tous les fronts pour courtiser de nouveaux agents. Et ça marche!

Mercredi passé, sur le coup de midi, un imposant brouhaha anime Uni Mail. D’un côté, les organisateurs de séjours linguistiques arborent des photos ensoleillées de l’Australie, des Etats-Unis ou du Mexique. De l’autre, des jeunes distribuent des «flyers» afin de promouvoir les prochaines soirées. Normal, direz-vous, dans ce contexte estudiantin. Sauf qu’entre les deux se trouve un stand pas comme les autres, celui de… la police genevoise.

Contraste saisissant? Pas tant que ça. Depuis cinq ans, l’institution se rend à l’Université pour faire découvrir les multiples facettes du métier et susciter des vocations. «Nous sommes également présents dans plusieurs manifestations, telles le Salon de l’étudiant, les fêtes de quartier, les journées sportives ou les journées portes ouvertes (ndlr: la première de l’année a lieu cet après-midi), répond Patrick Puhl, porte-parole des forces de l’ordre. De nombreuses personnes viennent nous y voir. Aujourd’hui, nous comptons plusieurs anciens universitaires chez nous.»

Même au NRJ Music Tour!

Cette tendance ne cesse de croître. C’est en partie dans les rangs de l’alma mater que la police recrute des «cerveaux», afin de mieux s’armer pour affronter l’avenir. A l’heure où la criminalité prend chaque jour une longueur d’avance, notamment grâce aux nouvelles technologiques, la maréchaussée n’hésite pas à explorer des endroits a priori «improbables» pour ajouter d’autres cordes à son arc. Ne l’a-t-on pas récemment vue s’afficher au… NRJ Music Tour, à l’Arena?

«Ce genre de concerts concentre une forte population d’adolescents, reprend Patrick Puhl. Les 15-20?ans sont notre premier public cible. Dans cette manifestation, où nous tenons un stand depuis la première édition, l’intérêt est flagrant. Le but est d’améliorer nos outils face aux défis qui nous attendent. Nous ne recherchons pas qu’un profil ciblé, mais toutes les personnes susceptibles de nous apporter quelque chose.»

Preuve que, pour aller chez les bleus, il faut de la matière grise. Et les universitaires se prennent au «jeu». Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’image de la police n’est plus si terne que cela auprès de leurs amis, qui sont souvent les premiers à les encourager à persévérer dans cette voie.

Mathieu, la vingtaine, se destinait à une carrière bardée de diplômes, mais s’apprête finalement à enfiler l’uniforme. Après s’être tourné vers la physique, cet habitant de Meyrin est paré pour entamer l’école de police en septembre prochain. «Mon rêve serait d’être inspecteur à la police judiciaire, déclare-t-il avec passion. Genève est ma ville et j’aimerais pouvoir être de ceux qui atténuent l’insécurité qui y règne.» Pour mieux cerner les contours du métier, il a rencontré un policier expérimenté. «J’ai pu lui poser des tas de questions et ses explications ont fini par me convaincre.»

Daniel, 21?ans, n’est pas certain de se lancer. Il hésite encore entre poursuivre ses études universitaires ou s’engager dans la carrière policière. «Ce métier offre plusieurs spécialisations, je me verrais bien y commencer ma vie professionnelle. Puis essayer de grader au fil des années…»

Adieu la banque!

Mais il n’y a pas que les universitaires qui bifurquent! Après une carrière débutée dans les couloirs d’une grande banque, Jonathan* a en effet pris ses cliques et ses claques pour endosser un uniforme moins étriqué que le costume-cravate. Il n’est pas le premier à agir ainsi. «J’avais envie d’un vrai défi, d’aller à la rencontre des gens, et pas seulement par le biais d’un guichet, lance-t-il pour expliquer ses motivations. Je voulais faire quelque chose de social et d’important pour la communauté. La police, c’est une vraie école de vie», affirme-t-il.

L’avis est partagé par Patrick. A presque trente printemps, cet ancien informaticien a choisi de tourner le dos à ses précédents métiers il y a quelques années. «J’en avais marre d’être dans le privé. Je tenais à faire quelque chose de concret de ma vie et aussi à assurer mon avenir. Mais, durant ma jeunesse, l’idée de m’engager dans la police ne m’avait jamais effleuré l’esprit!» Sa reconversion, qu’il mène brillamment, lui a pourtant donné raison.
* Prénom fictif

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