Protéger des espèces et des biotopes, c’est une chose, mais agrandir la prison pour y loger des détenus ayant des troubles psychiques en est un autre. C’est ainsi qu’il a fallu se résoudre à chasser les blaireaux qui s’étaient installés sur le futur emplacement de cet établissement nommé Curabilis.
Celui-ci est situé à droite, juste avant l’entrée de Champ-Dollon. Un immense terrain qui a accueilli, dès 1972, les remblais dus à la construction de la nouvelle prison. Des tas de terre et de matières variées sur lesquels, faute d’entretien, une forêt de 1,6 hectare a poussé.
Le rêve pour les renards et les blaireaux. Ils pouvaient creuser tranquillement, abondamment, le terrain étant grillagé et inaccessible à l’humain de passage. Le blaireau, bête compacte pesant de 13 à 20 kilos, est un véritable bulldozer. Il creuse – de préférence dans des tertres pour faciliter l’évacuation de la terre – des galeries en réseau, avec de multiples entrées (ou gueules), puits et chambres agréablement aménagées de litières.
100?m de galeries
Sur le terrain de Curabilis, on a compté 23 entrées, 100?mètres de galeries de 20 sur 30?cm, des chambres jusqu’à 80?cm de haut de toutes formes. L’ensemble de la construction représente une surface d’une trentaine de mètres sur huit.
«Ce n’est pas un complexe particulièrement important, relativise François Dunant, responsable des recherches à Pro Natura. Mais c’est la première fois que nous avons l’opportunité d’étudier en détail et en profondeur des terriers de blaireaux, un animal commun que nous connaissons mal.»
Car étude il y a eu. Lorsque la requête en abattage de la forêt a été sollicitée, la Direction générale de la nature et du paysage a demandé d’y surseoir en attendant que les blaireaux puissent être capturés et marqués avant d’être relâchés. «C’était une opportunité de voir comment ces animaux, une fois dérangés, s’organisaient, détaille Gottlieb Dändliker, inspecteur de la faune. Vont-ils occuper des terriers voisins, rejoindre d’autres clans, en creusent-ils immédiatement d’autres, jusqu’où déménagent-ils? Malheureusement, ils étaient si habitués à la tranquillité qu’ils ont immédiatement déserté les lieux à notre arrivée!»
Relevés et prélèvements
La forêt a donc été abattue et le terrier à multiples entrées est apparu au jour. Un autre délai a été demandé avant le début des travaux (d’ici à environ un mois) pour que des naturalistes, un archéologue-zoologiste du Muséum, un géologue, un machiniste avec une pelle rétro et des étudiants de Lullier puissent réaliser des croquis et procéder à des relevés avec des visées au laser et à des prélèvements de sédiments, de crottes et d’ossements.
«Les blaireaux creusent des terriers principaux, annexes et périphériques (souvent opportunistes, comme par exemple dans un vignoble pour déguster le raisin tout en pouvant se réfugier en cas de dérangement), explique le biologiste Claude Fischer. En l’espèce, ce ce terrier ne devait être qu’une annexe. Il ne semble pas avoir abrité des reproductions.»
Le territoire des blaireaux étant de 2 km² à peine, ceux qui ont laissé la place aux futurs pensionnaires de Curabilis ne sont sûrement pas très loin.