On peine à le croire; ils sont pourtant bien là. Les nouveaux pavillons de la rade sont arrivés hier. Une vingtaine seront installés sur les quais d’ici à la fin du mois. Ces édicules remplaceront les baraques hétéroclites des glaciers. Ils auront aussi comme lourde tâche d’emporter l’adhésion des Genevois, très chatouilleux sur les aménagements du site, comme on l’a vu avec la «ferrazinette». Pour l’heure, ils débarquent dans un climat serein, sans polémique et sans menace de référendum. Un miracle.
Il fallait donc bien deux conseillers administratifs pour célébrer l’événement. «Ça a été très dur, une vraie aventure humaine», a commenté Rémy Pagani, faisant référence à une opération qui a été menée au pas de charge, en une année. Son collègue Pierre Maudet y voit même «un changement de perspective pour Genève». C’est dire.
Les pavillons ont été construits en Catalogne, dans les ateliers de l’entreprise Arquitectura. Celle-ci a déjà équipé les plages de Barcelone. Elle a l’expérience d’édicules solides et fonctionnels. C’est ce que la Ville recherchait. Elle a en donc acheté 20 pour un coût de 2,2 millions.
Loués pour cinq ans
Le premier édicule arrivé ressemble, de derrière, à un gros container. Mieux vaut le voir de face, où de larges pans de sa façade s’ouvrent pour se transformer en brise-soleil ou en tablette de présentation. Les pavillons sont étroits afin d’être transportables à la morne saison. Leur longueur est variable.
Les couleurs, différentes, ont été choisies en étroite collaboration avec le Service des monuments et des sites.
Jusqu’alors, les exploitants étaient propriétaires de leur buvette. Désormais, ils la loueront pour une durée de cinq ans et l’aménageront à leurs frais. Ce changement n’a pas été sans mal. Les glaciers se sont même rendus à la fabrique. Il a fallu beaucoup négocier. «Mais au bout d’un moment, il faut savoir trancher», conclut Pierre Maudet.
Huit pavillons seront loués à des vendeurs de glaces ou de petite restauration, quatre à des boutiques de souvenirs, cinq abriteront des billetteries et trois des WC.
La location coûtera environ 30?000?francs par saison. Les buvettes pourront ouvrir entre huit heures et minuit. Certaines d’entre elles seront équipées d’une pergola.
Les exploitants ont été choisis à la suite d’un appel d’offres. Sur les douze vendeurs de glaces et de souvenirs, huit sont des anciens. La Ville est encore en litige avec certains recalés.
Améliorer la convivialité
Ces pavillons s’inscrivent dans une démarche globale qui vise à améliorer la convivialité de la rade. «Les quais ont été désencombrés et nous travaillons sur un concept d’animation des lieux», annonce Pierre Maudet. Qui se réjouit que le pragmatisme avec lequel l’opération a été menée ait permis d’éviter la polémique.
Une saga
Avril 2004 Le magistrat Christian Ferrazino présente les futurs pavillons de la rade, issus d’un concours.
Eté 2005 Un prototype de la ferrazinette est installé sur les quais. Ses façades en bronze créent la controverse. 3400?personnes signent une pétition pour demander son retrait.
Octobre 2006 Le Municipal vote un crédit de 3,7 millions pour 17 ferrazinettes. La droite lance un référendum.
Novembre 2008 Rémy Pagani propose d’annuler le vote du crédit contesté et de tout reprendre à zéro. Les ferrazinettes sont enterrées. Elles auront coûté 1,4 million en études et prototype.
Mars 2009 La Ville lance un appel d’offres. Deux mois plus tard, les pavillons catalans sont retenus.
Juin 2009 Le Conseil municipal vote le crédit de 2,2 millions pour 20 pavillons.
Septembre 2009 Les exploitants des buvettes sont désignés après un appel d’offres. Ils ouvriront en mars 2010.