Nous avons tous croisé, un jour ou l’autre, un passant tenant sur son épaule une drôle de bestiole. A Genève, c’est le furet qui arrive premier au hit-parade des nouveaux animaux de compagnie (désignés par l’acronyme NAC) les plus appréciés, suivi de près par les hamsters dorés et ceux de Sibérie (craquants avec leurs petits museaux roses). Même si cela est plus rare, les reptiles ne laissent pas indifférent.
Progression importante
Cet engouement pour les animaux sauvages est-il toujours d’actualité? Philippe Jacquemain, vétérinaire à la Clinique vétérinaire du Salève, note une progression importante: «Je m’occupe de NAC chaque jour.» Et de rajouter: «L’intérêt pour ces animaux remonte à une dizaine d’années en France, et encore plus tôt pour la Suisse, car le secteur des reptiles y est très développé.»
A Genève, en vingt ans, le Service de la consommation et des affaires vétérinaires a enregistré 200 demandes de détention pour les furets et 100 pour les serpents. «Nous n’avons pas d’augmentation significative. En revanche, l’offre sur Internet est plus importante, mais la vente d’un animal par ce biais n’est pas forcément légale», précise le Dr Seiter, vétérinaire cantonal du Service de la consommation et des affaires vétérinaires, de l’Etat de Genève.
Le profil des amateurs
Parmi les amateurs, on distingue les mères de famille intéressées, pour leurs enfants, par les rongeurs (lapins, cobayes, chinchillas…). Puis les jeunes de 25?ans ou encore les couples sans enfants qui s’orientent davantage vers les reptiles. «Les ventes montent en flèche à l’approche des Fêtes», selon l’animalerie de Genève Aquarium-Zoo, en dépit de la crise.
Permis spécifique
A Genève, il est nécessaire d’avoir un permis spécifique pour posséder des NAC. Ce dernier est délivré par le Service de la consommation et des affaires vétérinaires de l’Etat de Genève. «Par ce biais, la protection des espèces est assurée. Ensuite, cela permet de vérifier que ces bêtes ne présentent pas de danger pour l’homme. Certains scorpions ou serpents (comme le mamba) ont des morsures venimeuses, voire mortelles, quand ils ne transmettent pas des maladies. Enfin, certaines espèces sauvages, si elles étaient relâchées et en admettant qu’elles s’adaptent à leur nouvel environnement, causeraient de nombreux dégâts pour la nature», explique Gottlieb Dandliker, inspecteur cantonal de la faune au sein de la Direction générale de la nature et du paysage. Un bébé caïman, par exemple, peut atteindre deux? mètres à l’âge adulte! Imaginez-le seul dans un de nos espaces verts…
Prise de conscience
Fort heureusement, les propriétaires de NAC connaissent de mieux en mieux la physiologie des animaux. «Les personnes qui achètent des reptiles à Genève sont bien conseillées par les animaleries et font rarement cette acquisition sur un coup de tête!» précise Philippe Jacquemain. Il faut dire qu’une prise de conscience s’est opérée, il y a vingt ans, avec la vente des tortues de Floride. Ces dernières ont été relâchées en masse dans les rivières françaises et suisses, détruisant les écosystèmes. Cela a servi de leçon.
Conseils
Si vous aussi êtes tenté par un NAC, trois conseils s’imposent. Tout d’abord, il faut bien se renseigner sur l’animal que vous souhaitez posséder afin d’être correctement équipé. Deuxièmement, effectuez votre achat dans les règles, sinon votre animal pourrait vous être confisqué même si vous y êtes attaché! Enfin, si vous vous sentez dépassé, ne laissez jamais votre NAC s’évaporer dans la nature. Les conséquences seraient désastreuses. Le plus souvent, les zoos reprennent les bestioles. Les tortues de Floride, par exemple, sont récupérées par un centre au nord de Lausanne, ainsi que par le Zoo de la Tête d’Or, à Lyon.