ÉCOLE

«Les notes ne valaient vraiment pas une guerre!»

Par Laurence Bézaguet le 27.12.2008 à 00:00

Directeur de l’enseignement primaire, Didier Salamin prend sa retraite après 36 ans passés à l’Instruction publique. Rencontre.

 Enseignant, inspecteur, directeur du Service de la scolarité et, enfin, directeur général du primaire: entré au Département de l’instruction publique en 1972, Didier Salamin a gravi tous les échelons avec appétit. Ce Valaisan de 65 ans, amoureux des hauts sommets, ne poursuivra toutefois pas sa belle ascension. La trêve de fin d’année va en effet se transformer en vacances éternelles pour celui qui a assisté à tant de bouleversements au sein de l’école primaire. «Les enseignants ont changé de métier», considère même Didier ­Salamin, à l’heure de vider ses étagères et de décrocher ses tableaux de Hodler…

Toute une vie passée à l’école, ça use un homme?
Je n’ai pas l’impression d’avoir perdu de l’énergie durant ce long parcours. J’avais des ­convictions à la base et une certaine vision du rapport avec l’enfant. Ça aide! Les élèves en difficulté, l’équité de traitement, l’égalité des chances, l’insertion, l’organisationnel… Tout le ferment de l’action.

En quarante ans de carrière, quels ont été les plus grands changements observés?
Les enseignants ont changé de métier. Inscrits dans le mouvement en cours, ils ne sont plus seuls avec les enfants. Leur pratique professionnelle est liée à la recherche de cohérence avec l’harmonisation scolaire romande et suisse que vient du reste de voter le Grand Conseil. Cela recouvre notamment les horaires et les parcours des écoliers. Les enseignants sont aussi au cœur d’une évolution sociale où les partenaires de l’école, surtout les parents, ont pris une place essentielle.

Une évolution positive?
A condition que cette mouvance ne sonne le glas de l’autorité pédagogique et morale des enseignants, c’est même une évolution remarquable. Mais une évolution qui reste perfectible, car les familles de certaines catégories sociales ont encore de la peine à s’investir dans l’école. Les milieux les plus aisés restent les partenaires les plus actifs. Le Groupement des associations de parents d’élèves se bat pour que tous puissent faire entendre leur voix.

Les conseils d’établissement devraient favoriser cet objectif…
Les indices dont nous disposons montrent que les parents s’intéressent à ce nouveau partenariat local. Nous avons déjà beaucoup de candidats pour les premières élections en février.

Votre meilleur souvenir?
Le soutien aux enfants des milieux défavorisés grâce à la mise en place du réseau d’enseignement prioritaire. Un engagement qui a permis de prendre à bras-le-corps les problèmes d’intégration des plus faibles.

Le moins bon souvenir?
Je me lève un matin, je vais au bureau en tant que directeur de la scolarité et j’apprends que les notes vont être supprimées. Le débat faisait rage chez nos voisins vaudois. Le voilà qui arrive chez nous. Cette décision, en rupture avec les attentes sociales, allait plomber tout un projet de façon définitive. La mort annoncée de la rénovation!

Vous-même acquis à cette rénovation, comment avez-vous pris la gifle infligée par le peuple?
Je n’ai pas eu d’états d’âme par rapport au verdict populaire très clair; je savais que des principes forts comme le projet d’établissement, le suivi collégial de l’élève, les remèdes pour aider les enfants en difficulté ne seraient pas remis en cause.

La question des notes valait-elle une guerre?
Je ne crois pas. L’aspect fondamental était ailleurs! Je déplore le séisme que la question des notes a provoqué. Un clivage a alors profondément divisé le corps enseignant.

Et que pensez-vous de l’arrivée des directeurs?
Leur légitimité était évidente. Vieux de quarante ans, le système ne répondait plus à l’évolution des quartiers, des établissements. Les besoins d’une autorité de proximité ont clairement été exprimés par les parents. Une enquête santé a aussi montré que bien des enseignants identifiaient leurs problèmes de stress, de manque de soutien, de burnout à l’absence totale d’une telle autorité.

Cette nouvelle hiérarchie ne semble pas faire l’unanimité…
Il faut laisser du temps au temps. Les retours sont globalement positifs. La plupart des enseignants sont satisfaits de ce soutien qui permet de renforcer l’autonomie de gestion de leur école et l’insertion dans le quartier. Il est cependant légitime que sur 93 directeurs, certains éprouvent des difficultés. La responsabilité de l’institution consiste à les identifier. Un suivi intensif est ainsi en cours.

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