Leurs petites annonces s’étalent dans la presse. Profitant du prix élevé de l’or, des marchands vous invitent à vendre vos anciens bijoux, vos vieilles montres. Le négoce se déroule dans les hôtels de luxe, les bijouteries, mais aussi, fait nouveau, dans des restaurants. Une bonne
affaire pour ces établissements publics? Pas toujours.
«Le marchand que nous avons accueilli s’est installé à une table du fond, dans la salle, confie Orlando Bettini, patron du Café PMU de la Mairie, aux Eaux-Vives. Il n’a pas vu grand monde, seulement un ou deux clients. A part ses propres consommations, c’était un flop, pour lui comme pour moi.»
Vente arrêtée par la police
L’échec est parfois plus cuisant. Exemple à l’Auberge de Confignon. «Lundi passé, la vente a mal tourné, reconnaît le patron, Donato Farina. La police judiciaire a débarqué vers 10?h et a arrêté la vente. Le marchand, qui avait loué une salle, n’était visiblement pas en règle.»
De fait, ce curieux négociant n’était en possession d’aucune patente. «Il contrevenait à toutes les règles, confirme Patrick Pulh, porte-parole de la police. Il n’avait ni patente ni livre de police.» Un cahier où l’acheteur doit inscrire le nom et le prénom du vendeur, sa date de naissance, son numéro de pièce d’identité et l’objet de la vente. «Heureusement pour lui, il n’avait encore rien acheté», relève Patrick Pulh. Les sanctions vont de l’avertissement à la suspension de l’activité, en passant par une amende pouvant aller jusqu’à 20?000?francs! Et s’il y a volonté de recel, le délit devient pénal.
Rien de tout cela, en début de semaine, au restaurant des Vieux-Grenadiers. Là, l’acheteur, qui souhaite rester discret, est un habitué. «Je suis là depuis trois mois et j’exerce ce métier depuis trente ans, dit-il. Mais ce n’est plus comme avant. On achète moins, on conseille davantage. Ces jours, je n’ai pas acquis grand-chose», avoue-t-il, en brandissant unpetit sachet muni de quelques bagues et anneaux en or. Ce marchand loue une salle du restaurant.
A l’Hostellerie de la Vendée, au Petit-Lancy, le négoce se déroule dans un salon privé. Une bonne affaire pour le restaurateur? «Je suis très étonnée: selon les marchands, on voit passer beaucoup de monde, glisse la patronne, Chantal Burille. Pour moi, cela a deux avantages: d’une part je loue mon salon, d’autre part des clients poussent la porte de mon établissement. Ils voient le cadre, ils sont reçus. A moi, ensuite, de faire en sorte qu’ils reviennent, pour déjeuner cette fois. Ce n’est donc pas inintéressant.»
On l’a compris, l’affaire peut être rentable, à condition que le marchand ait bonne réputation. Au Trois-Huit, à Vésenaz, ce n’était pas le cas: «C’était un jeune, il n’a eu que deux clients durant la journée, raconte le patron, Alain Dessaix. Il s’était placé dans un coin de la salle du bar. Moi, j’aurais mis des affiches pour annoncer ma présence.»
Le restaurateur est pourtant prêt à tenter à nouveau l’expérience.
«C’est une animation comme une autre, susceptible de faire connaître mon établissement, et elle ne me coûte rien. Que demander de plus?»