«C’est une honte pour Genève. Un confrère ukrainien en visite a été effaré par l’état de délabrement de notre bâtiment!»
Ce professeur d’allemand ne supporte plus de travailler au sein de l’ancienne Ecole de chimie, sise au boulevard des Philosophes. Comme la plupart des étudiants, maîtres, assistants et bibliothécaires qui s’y activent. Tous s’insurgent contre l’état du bâtiment, ravagé en partie par un incendie criminel en juillet dernier. Mais ils ne déplorent pas seulement les dégâts liés au sinistre. Plutôt une décrépitude constante qui perdure depuis plusieurs dizaines d’années.
Une pétition a été lancée il y a un mois pour dénoncer des conditions de travail devenues «scandaleuses». 1417 signatures ont été récoltées. «Trente-deux professeurs et 85 assistants ou maîtres assistants ont signé», se réjouissent Jennifer Burkard et Jessica Mastrototaro, deux étudiantes en allemand à l’origine de la pétition. De quoi se plaignent les utilisateurs de ce site? Avant tout, d’un manque de sécurité au sein du bâtiment. Même après l’incendie, celui-ci n’est toujours pas pourvu d’un système d’alarme ni de détecteurs de fumée. Les agents de sécurité ont en revanche investi dans des porte-voix, pour alerter les étudiants.
«Incendie prévisible»
«Lors d’une réunion avec le doyen et des membres du rectorat, nous avons demandé à ce qu’un exercice d’évacuation soit organisé. En vain», déplorent les deux jeunes filles. Leila El-Wakil, maître d’enseignement et de recherche en histoire de l’art, les rejoint. «On entre ici comme dans un moulin. Trois semaines avant l’incendie, j’ai constaté que quelqu’un était entré par effraction à l’aide d’un tournevis! Cet incendie était prévisible.» Plaques de plâtre tombées du plafond, toilettes turques vétustes et insalubres, bibliothèques réduites au strict minimum, courants d’air et froid constant: selon de nombreux professeurs exerçant sur place depuis des dizaines d’années, les conditions de travail à l’Uni des Philosophes, sans compter l’incendie, empirent. «On nous promet des travaux depuis des dizaines d’années, mais rien ne se passe», dénonce un professeur de musicologie. «Quelques-uns de mes étudiants ont décidé de réparer eux-mêmes le parquet d’une salle de séminaire. Ils ont reçu un blâme!»
Du côté du Service des bâtiments de l’Université, on attend le feu vert du Département des constructions. Une réunion avec la Commission des monuments et des sites, qui vient de donner un préavis négatif au projet de rénovation des bâtiments d’Uni Bastions, Candolle et Philosophes, devrait avoir lieu en début d’année prochaine. Cafétéria, étanchéité du toit, installations électriques: quelques travaux en cours visent à remettre le bâtiment en l’état, mais pas à neuf. «Le projet Bastions engendrera de grandes transformations sur les trois sites», explique Florence Prini Saggio, directrice de l’Office des bâtiments de l’Etat. «Nous n’allons donc pas refaire la peinture ou de l’entretien courant avant le début de ces grands travaux, en 2010.»