Pourquoi avons-nous un tel attrait pour la musique? D’où viennent les émotions qu’elle suscite en nous? Pour sa première soirée, la Semaine du cerveau a fait salle comble hier soir. A 19?h, les 600?places de l’auditoire Piaget d’Uni Dufour étaient occupées. Dans les rangs, beaucoup de femmes, de personnes âgées, mais aussi des étudiants et des couples. Faute de siège, on s’assoie dans les escaliers ou on campe au fond de l’auditoire, debout, pendant près de deux heures.
Qui sont-ils, ces Genevois qui consacrent leur lundi soir à des exposés scientifiques de haute volée? Il y a ceux qui ne connaissaient pas la Semaine du cerveau mais ont été attirés par le thème de la musique. «C’est ma sœur, étudiante en neurosciences à Montréal, qui m’a parlé de cette conférence. Comme j’ai fait dix ans de piano, ça m’a intéressée», explique Camille Maniglier, étudiante en sciences politiques. D’autres ne savent pas bien ce qu’ils viennent chercher. Etudiant en musicologie, Julien Meyer, 24?ans, fréquente davantage les concerts que les exposés de chercheurs. «Nous n’avons pas la même approche de la musique, mais je m’intéresse à l’état de la recherche sur le cerveau.» Il y a, surtout, une foule d’esprits curieux qui aiment se cultiver.
Michelle Naud le dit ainsi: «Je suis tout le temps dans les conférences! Je viens depuis toujours à la Semaine du cerveau. Ce qui m’attire? Voir les choses sous un angle qui ne m’était pas apparu auparavant et mieux comprendre les choses.»
La musique joue un rôle dans l’évolution
En termes de vulgarisation, les deux exposés qui s’enchaînent ne tiendront pas toutes leurs promesses. Le premier, de Clara James, est plus accessible. La psychologue de l’Université de Genève explique comment la musicalité, présente dans toutes les sociétés humaines, a joué un rôle dans l’évolution. Sorte de proto-langage, précédant musique et langage, la musicalité a eu pour fonction d’exprimer où était le danger, où se trouvait la nourriture. «On a trouvé en Slovénie une flûte vieille de 43?000 ans, qui laisse penser que l’homme de Neandertal était musicien ou en tout cas qu’il utilisait une gamme de sept notes, formée de tons et de demi-tons.» La musique, souligne Clara James, a joué un rôle dans la survie de l’espèce. «Des études ont montré que la musique induit des frissons, augmente le rythme cardiaque et respiratoire, de la même manière que des activités liées à la survie, comme manger ou faire l’amour.»
Le public, très attentif, retient son souffle. Certains prennent des notes. Dans un second exposé, Didier Grandjean, lui aussi psychologue à l’Université, explique notamment comment notre cerveau parvient à recomposer la suite d’un morceau de musique qu’il connaît même si, brusquement, on l’a interrompu. «Il reconstitue un son intérieur en l’absence de son extérieur!»
Les exposés terminés, vient le temps du débat. Des initiés posent des questions pointues. A la sortie, les sentiments sont mêlés. «La musique, cela touche tout le monde. Là, il fallait être un expert pour comprendre», regrette Christiane. «Je n’ai pas tout enregistré, mais même si je ne retiens qu’une idée, je suis contente de ma soirée», confie Jacqueline Ruchonnet. «C’était très touffu, regrette pour sa part Claude Ruchat, géologue retraité. C’est dommage: la substance était très intéressante, mais la restitution manquait de pédagogie.»