«Enfin une votation à objet culturel passe le cap!» L’exclamation est de Charles Beer qui, comme ministre cantonal de la Culture, a suivi de près, hier, le vote des habitants de la ville de Genève. Ceux-ci ont approuvé à 67% l’agrandissement du Musée d’ethnographie de Genève (MEG), combattu par référendum, malgré le soutien de tous les partis. Le front du refus émanait surtout du voisinage du musée, ému de voir disparaître la trentaine de tilleuls qui ornent l’actuel parvis de l’institution. C’est sur, et plus largement sous cette esplanade qu’est prévue cette extension.
Avec une participation de 36,1%, le scrutin a peu mobilisé. Le vote des quartiers est assez homogène: l’acceptation va de 62,4% (Prieuré-Sécheron) à 72,4% (Cité-Rive). Le oui s’avère plus timide dans les zones populaires, à l’image de Mail-Jonction où se trouve le MEG, qui approuve à 64,6%: un peu moins que la moyenne communale.
«Les référendaires nous ont permis d’asseoir ce projet sur une volonté populaire claire et d’améliorer le projet d’esplanade», remercie Rémy Pagani, magistrat municipal chargé des Constructions. La Ville a végétalisé le projet de parvis, qui montrait initialement une nudité minérale. «L’Exécutif, qui se prévaut de concertation, a fait preuve d’un déficit de communication envers les gens du quartier qui étaient à peine informés», critique pour sa part Florence Kraft Babel, candidate libérale à la mairie.
Magistrat chargé de la Culture, Patrice Mugny se félicite que «le peuple ait compris que ce musée est un enjeu culturel important». Le Vert espère qu’il en
ira de même avec la Nouvelle Comédie, l’extension du Musée d’art et d’histoire et la rénovation de l’Alhambra. L’extension du MEG est le fruit d’un long feuilleton. Quatre projets aboutis ont avorté depuis les années?70. Le dernier en date, place Sturm, a été rejeté à 62% en 2001.
Cette fois, le projet bénéficiait de l’appui de toute la classe politique, unanimement réjouie hier, mais se heurte malgré tout à un tiers de refus. «Il y a à Genève un réservoir d’opposition qui va bien au-delà, relativise Patrice Mugny. Les référendaires ont fait le plein de la totalité des quérulents, en plus de ceux qui, en toute légitimité, combattaient l’abattage des arbres.»
Vu leurs maigres moyens et le manque total d’appui politique, les référendaires relativisent leur échec. «Ce 33% désigne un malaise contre tous les abattages qui ont lieu à Genève et contre des mesures de compensation qui n’en sont pas», a déclaré leur chef de file Séverin Brocher hier sur Léman Bleu. L’association Sauvons nos arbres compte combattre les coupes envisagées avec la réfection de la plaine de Plainpalais. Selon le Service des espaces verts de la Ville, ces plantes sont très atteintes.
Chantier imminent
Tronçonneuses et machines de terrassement débarqueront au musée dans un mois. Les autorisations sont en force.
L’espace d’exposition ferme ses portes aujourd’hui. «On peut commencer à planifier le travail avec l’équipe du MEG et nos partenaires, se réjouit le directeur du MEG, Boris Wastiau. On espère avoir les clés en décembre?2013 et rouvrir environ dix mois plus tard.» En attendant, le musée poursuit ses activités dans son annexe de Conches.
Devisé à 63,4?millions de francs, le projet est financé par la Ville à 59%. Le solde provient d’un legs, des Communes et du Canton qui donne 10?millions. «Il devient obsolète d’envisager la participation de l’Etat sous forme de subvention pour un projet dont le rayonnement est véritablement cantonal», a toutefois averti hier Charles Beer.