Une mobilisation extraordinaire et la persévérance d’un homme ont payé. Musa Selimi et sa famille resteront en Suisse. La nouvelle est tombée mercredi matin. «Je ne m’y attendais vraiment pas aussi vite», assure encore ému cet homme de 40?ans qui se bat depuis plus de quatre ans contre l’administration fédérale. «C’est le plus beau jour de mon existence. Une nouvelle vie commence pour nous ici, dans la sérénité, enfin. Je n’aurai jamais assez de mot pour remercier tous ceux qui nous ont soutenus.»
D’affaire privée, l’expulsion de Musa Selimi était devenue affaire d’Etat. Depuis 2008 les médias s’étaient fait l’écho de ce cas emblématique de «celui qui avait su et réussi à s’intégrer.» Un comité de soutien hétéroclite et informel s’était formé pour défendre la cause de cette famille carougeoise. La ville de Carouge et le canton de Genève avaient même interpellé la Confédération pour qu’elle revienne sur sa décision. Hier, à la brasserie des Tours de Carouge, les amis étaient là. «Je suis fier de mon pays et du courage de Madame Widmer-Schlumpf et je me dis que ça vaut la peine de se battre, même si tout le monde vous dit que c’est perdu d’avance.», lâche ému Alain Morisod qui s’était rendu personnellement à Berne avec les conseillers nationaux Luc Barthassat et Jean-Charles Rielle.
«Vous n’existez pas, vous n’avez aucun droit»
Un heureux dénouement donc pour Xenethe 10?ans, Dibran 8?ans et leurs parents qui, depuis 2007, vivaient dans la crainte d’un renvoi vers un pays qu’ils ne connaissent pas. «Je me suis surtout battu pour eux, confie Musa Selimi. Moi je vais continuer à travailler, mais légalement cette fois et plus dans ce principe hypocrite de travail au gris ou tout le monde sait que vous êtes là, que vous travaillez, que vous payez vos impôts et vos charges mais qu’au final vous n’existez pas car vous n’avez aucun droit.»
Ultime recours salutaire
Etablis à Carouge, les Selimi ont fait l’objet de plusieurs décisions de renvoi dans leur pays d’origine, la dernière semblait définitive et annonçait une expulsion pour le 5 juillet. Un ultime recours aura offert le salut à ces Carougeois d’adoption qui obtiendront enfin leurs permis de séjour la semaine prochaine. «Nous avons reçu la nouvelle de l’ODM ce matin, précise Me Yves Rausis, avocat de la famille, sans toutefois connaître les raisons précises de ce revirement de situation. Je pense qu’ils ont simplement compris que ces gens étaient intégrés depuis des années et que ce renvoi n’était pas justifié.»