«Ah, il s’est cassé, le mur? Il est tombé? Y a eu des dégâts?» Cette réaction est celle de Patrizio, 22?ans, peintre en carrosserie, écoutant une annonce radiophonique sur les commémorations des 20?ans de la chute du mur de Berlin. Le jeune homme, qui a grandi et a été scolarisé à Genève, n’avait jusqu’alors jamais entendu parler du mur. Les termes «guerre froide», «URSS» «Perestroïka» ou « Stasi» lui sont tout autant énigmatiques.
Un petit tour dans les rues de la Cité de Calvin pousse à un constat effarant: la plupart des jeunes de 13 à 25?ans ignorent tout de cette page historique récente. Tout au plus, certains reconnaissent avoir entendu parler du mur de Berlin sans vraiment savoir de quoi il s’agit.
«Ça me fait juste penser au film «Good Bye Lenin»
Certains jeunes interrogés se souviennent vaguement avoir abordé le sujet à l’école, sans bien se souvenir de quoi il en retournait. «Les cours d’histoire, ça ne m’a jamais passionné, relève Quentin 18?ans. Le mur, ça me fait juste penser au film Good Bye Lenin!»
Quatre copines du Cycle de l’Aubépine ouvrent de grands yeux et répondent en chœur: «Aucune idée», s’excusant presque de leur ignorance. Elles admettent n’avoir jamais abordé le sujet, ni à la maison ni à l’école.
Pour Bruno dos Santos, 17?ans, le mur de Berlin servait à «séparer les religions. Les juifs et je ne sais plus trop qui. J’ai appris ça vite fait à l’école, je ne m’en souviens pas trop.»
A 20?ans, Stéphanie Voelker reconnaît ses lacunes. «Vous allez me faire passer pour une ignorante. Je n’ai pas suivi grand-chose de cette page de l’histoire. Ce mur a dû être construit par les Allemands pour se protéger. Et la guerre froide? Ben 39-45? Non?»
«Ça me fait penser à un petit bout de caillou que l’on ramène de Berlin, confie Olga, 15?ans. Sinon, la guerre froide ou l’URSS, je ne vois pas du tout. J’ai juste vu récemment des images de gens qui essaient de franchir ce mur, mais je ne me suis pas vraiment intéressée au sujet.» A 16?ans, Lucca a beau chercher une signification historique, pour ce jeune sportif, Berlin est juste synonyme d’athlétisme.
«C’est le départ d’une ère nouvelle»
L’échantillon n’est certes pas scientifique, mais sur une trentaine d’ados interrogés, seuls trois ont répondu des choses sensées. Dont Camille, 22?ans: «J’étudie l’histoire à l’Université et mon père est prof d’histoire.» Forcément, ça aide.
Clovis Mercerat, 17?ans, donne aussi des explications cohérentes. «Le mur séparait le régime communiste de l’Europe démocratique. C’étaient deux systèmes sociaux totalement différents. D’un côté, on avait accès à tout, de l’autre, il y avait une seule marque de pâtes, un modèle de voitures, etc.»
Etudiant en sciences politiques, Laurent Wilthaber n’a rejoint l’école genevoise qu’à l’âge de 16?ans. «J’ai étudié ce chapitre de l’histoire au Collège et à l’Uni. Pour moi, la chute du mur, c’est le départ d’une ère nouvelle.»
En cours d’histoire, le mur est traité «en fin de cursus»
Le mur de Berlin est donc tombé il y a vingt ans. Le sujet a-t-il vraiment été abordé en classe jusqu’à cette année anniversaire, où le DIP a mis les bouchées doubles en proposant de nombreuses actions thématiques, tant au Cycle d’orientation qu’au postobligatoire? Cette tranche historique fait-elle partie d’un programme ou relève-t-il du libre choix des professeurs?
«Est-il abordé en cours? Je n’en sais rien»
Chantal Andenmatten, directrice du Service d’enseignement et formation du postobligatoire, assure que la période de 45 à nos jours est inscrite dans le plan d’études au niveau postobligatoire. Plutôt en fin de cursus, tant au Collège qu’à l’Ecole de culture générale. «Mais il s’agit d’une entrée chronologique liée à une thématique. Dans le cas précis, on entre dans ces années-là par la guerre froide. Mais quant à savoir si le mur de Berlin, sa construction et sa chute sont abordés en cours, je n’en sais rien.»
Histoire et éducation citoyenne
La directrice souligne aussi la jeunesse du sujet. «Cette page de l’histoire est très récente. Elle repose encore essentiellement sur des témoignages. Je ne sais même pas si le mur de Berlin figure déjà dans les livres d’histoire. Et je ne suis pas surprise d’entendre que les jeunes ne sont pas très au courant. Ça me rappelle une enquête du journal Spiege l il y a une vingtaine d’années, qui révélait que la majorité des jeunes Allemands ignorait tout de la Deuxième Guerre mondiale et avait vaguement entendu le nom de Hitler.»
Du côté du secondaire, Isabelle Nicolazzi, directrice générale du Cycle d’orientation, assure que le thème de la chute du mur de Berlin est régulièrement abordé par les enseignants d’histoire et d’éducation citoyenne. «Des séquences didactiques ont été élaborées aussi dans les établissements autour des différents murs et de l’exposition Des murs entre les hommes, qui a été présentée au Musée international de la Croix-Rouge l’hiver dernier.»