La crise a fait sa première victime en Ville de Genève: la municipalisation des crèches. Manuel Tornare, conseiller administratif en charge du social, l’avait annoncé aux comités de crèches mercredi. Il l’a confirmé hier. Le processus devait être achevé en 2011. «Ce calendrier est remis en question. Il sera retardé de deux ou trois ans.»
Voilà le projet gelé, au mieux. Car le maire lie son avenir aux négociations en cours sur le statut de la fonction publique. «La bonne volonté des partenaires sociaux déterminera notre attitude par rapport à la municipalisation des crèches.» En clair, si les syndicats se montrent trop gourmands, intégrer les 1121 employés des crèches à la fonction publique risque d’être trop coûteux, sur les plans des salaires et du rattrapage des caisses de pension.
Perte fiscale de 45 millions
Le blocage de ce projet en annonce d’autres. Crise oblige, l’Exécutif planchait sur un projet de budget 2010 amaigri de 50 millions par rapport à 2009. La baisse d’impôts décidée par le canton corse le problème: selon Manuel Tornare et la cheffe des Finances Sandrine Salerno, la perte fiscale subie par la Ville atteindrait 45 millions. Voilà l’Exécutif contraint de trouver presque 100 millions d’économies. «D’autres projets de mes collègues devront être retardés», informe le maire.
Budget déficitaire en vue
Sandrine Salerno a déjà laissé entendre, face au Conseil municipal, qu’elle prévoyait de présenter un budget déficitaire. «On m’a encore récemment confirmé cette option», déclare l’élu radical Olivier Fiumelli. Mais la chose n’est pas acquise: la Ville doit demander une dérogation au canton pour procéder de la sorte.
Un déficit de 100 millions serait de toute façon politiquement impraticable. Et même un débours moindre serait loin de ravir tout le Conseil municipal. «Il est inacceptable que la Ville décide de ne pas tenir compte de la crise», tonne Olivier Fiumelli. Le libéral Alexandre Chevalier parle, lui, de «scandale. La Ville doit faire des choix. En 2009, elle a augmenté sa masse salariale et ses subventions. Elle n’a pas su anticiper.» Même le Vert Alpha Dramé ne voit pas «ce qui justifierait de demander une dérogation à l’Etat».
Seuls A gauche toute! (AGT) et le PS soutiennent une telle option. «En période d’insécurité économique, on doit pouvoir décider que les règles des Trente Glorieuses ne s’appliquent plus», plaide Nicole Valiquer (PS).
La Culture menacée
Les élus s’accordent au moins sur un point: freiner les investissements serait une grave erreur. Ou couper, alors? «Dans les grandes institutions culturelles, c’est la seule possibilité», juge Salika Wenger (AGT). «Chez Mugny, il y a le choix, renchérit Olivier Fiumelli. Il arrose tout le monde.» Les libéraux rêvent d’un rétablissement du personal stop. Les écologistes, eux, proposent de raboter les charges de fonctionnement, «biens, services, marchandises, papier, etc.» Reste le PDC, qui a «les doublons» en ligne de mire. Jean-Charles Lathion songe notamment à la Fondetec, fondation soutenant les jeunes entreprises, et aux aides complémentaires destinées aux rentiers AVS/AI.