«C’est un cas avéré d’esclavagisme!» Me Razi Abderrahim ne mâche pas ses mots contre la mosquée de Genève. «Et cela se passe au vu et au su de tout le monde, dans une fondation reconnue d’utilité publique, qui a pignon sur rue», ajoute l’avocat.
Mardi soir, au Tribunal des prud’hommes, se tenait une quatrième audience dans l’affaire opposant l’ancien concierge de la mosquée, Monsieur A.E., à la Fondation culturelle islamique, qui gère l’institution.
Les deux parties se réclament mutuellement de l’argent .A.E. demande près de 451?000?francs pour des heures supplémentaires et des treizièmes salaires impayés ainsi que pour défaut d’assurance. Car cet Egyptien, qui travaillait à la mosquée depuis 1981, n’a été affilié à l’AVS et au 2e?pilier qu’à partir de 2001. Du coup, retraité depuis février 2008, il ne touche que 392?francs mensuels de rente AVS.
De son côté, la fondation veut le chasser du logement de fonction qu’il occupe gratuitement et, selon elle, illégalement puisqu’il est désormais à la retraite.
Elle lui réclame donc 1400 francs de loyer par mois depuis février 2008. D’autre part, elle conteste le nombre d’heures supplémentaires effectuées.
La toilette des morts
Me Abderrahim affirme que son client était un «homme à tout faire, corvéable à merci». Mardi, des témoins sont venus décrire le quotidien de l’ancien concierge.
«A.E. était disponible à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, y compris le week-end», raconte un ancien enseignant de la mosquée. En plus de son travail de concierge et de tâches multiples et variées, il devait faire l’appel à la prière, cinq fois par jour. «Il commençait sa journée à 5h du matin pour la finir à 23h», précise un autre témoin. Et ce n’est pas tout: A.E. devait également faire la toilette des défunts en vue des cérémonies funéraires.
Son dernier salaire était de 4400?francs et il disposait d’un logement de fonction gratuit. «Un petit studio d’environ 22 mètres carrés avec kitchenette», selon les témoignages.
Fondation absente
La fondation était la grande absente de cette audience, tout comme la semaine dernière dans une autre affaire l’opposant à une ex-employée.
Un fax a été envoyé la veille pour demander le report de l’audience en raison du changement de personne à la direction de l’institution (lire nos éditions du 11 avril). La cour, que cette attitude nonchalante a le don d’irriter, a à nouveau refusé.
Lors des trois premières audiences, c’est le nouveau concierge qui était venu représenter la fondation. Le jugement est attendu ces prochaines semaines.