Les dégâts ne sont pas gravissimes, certes, mais le geste, d’une stupidité crasse, est hautement symbolique, à quatre jours de la votation sur les minarets. Hier matin, très tôt, un ou des inconnus ont en effet déversé un pot de peinture rose sur le panneau en pierre naturelle installé à l’entrée de la mosquée du Petit- Saconnex. C’est surtout la troisième fois en moins de trois semaines que l’édifice religieux est pris pour cible.
«C’est arrivé à 5 h 45 précisément», affirme Ulysse Moh, le concierge de la mosquée. Cette précision digne d’un horloger suisse ne doit rien au hasard. «Nous sommes entrés dans la mosquée, l’agent de sécurité et moi, avec les premiers fidèles venus pour la prière du matin, explique-t-il. Il était 5?h?43. Rien ne s’était alors passé. Tout de suite après, moins de deux minutes assurément, un fidèle est arrivé et nous a prévenus que le panneau avait été souillé. Nous sommes sortis tout de suite, la peinture dégoulinait encore. Mais personne n’a vu qui a fait le coup.»
En fin de matinée, l’enduit rose – «Une couleur sans signification particulière pour les musulmans», précise Ulysse Moh – souillait toujours la belle pierre naturelle où l’on peut lire «Fondation culturelle islamique», en arabe et en français.
«C’est un acte malicieux et prémédité», pense Youssef Ibram, l’imam de la mosquée, qui a déposé une plainte contre X pour dommages à la propriété. Il s’explique: «Celui qui a fait ça devait attendre, caché quelque part dans les buissons. Depuis quelque temps, en effet, nous avons engagé un agent de sécurité privé, qui patrouille de minuit à 7?h du matin. Comme il est musulman, il s’est donc rendu à la prière matinale en même temps que les premiers fidèles. Et c’est ce moment-là qu’a choisi l’inconnu pour agir. Ce n’est pas par hasard.»
«Nous avons été alertés par cet agent de sécurité et une patrouille est arrivée sur place à 6?h du matin, indique pour sa part Eric Grandjean, porte-parole de la police. La pierre a été badigeonnée sur une longueur de 2?mètres. Tous les éléments techniques ont été relevés.»
Cailloux et faux muezzin
Le ou les auteurs de ce geste imbécile courent toujours. Vu l’heure très matinale, pourtant, difficile de penser à une stupide blague de collégiens. Les potaches ne se réveillent pas dès potron-minet…
En revanche, cet acte est à mettre en corrélation avec deux autres. Le samedi 7 novembre, vers 7?h du matin, des membres d’un groupuscule d’extrême droite, les Jeunesses identitaires genevoises, ont diffusé un faux appel à la prière. La voix puissante du faux muezzin a créé un certain émoi dans tout le quartier.
Une semaine plus tard, dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16, l’édifice religieux du Petit-Saconnex était cette fois caillassé par des inconnus. Pavés et cailloux ont été projetés contre la façade et l’une des portes du lieu de culte. Des mosaïques ont été fortement endommagées à cette occasion. Ce sont à nouveau les fidèles venus pour prendre part à la prière matinale qui ont découvert ces exactions.
Là encore, une enquête policière est en cours, mais pour l’heure, aucune interpellation n’a été prononcée.