Ses dernières lettres, tapées d’une machine hésitante, portaient des mots terribles: «De l’auteur, atteint de cécité.» Le parcours de Jean-Claude Fontanet, disparu mercredi dernier, aura bien été placé sous le signe de la maladie. A 22?ans, en 1947, la tuberculose rattrape ce sportif. Il passe alors des mois au sanatorium de Leysin qui jouait à l’époque le rôle de montagne magique. Sa santé physique restera fragile. Quant à celle de l’esprit, elle devra jongler avec la dépression.
Jean-Claude est né en 1925 à Genève. Il s’agit du fils aîné de Noël Fontanet, connu pour sa plume féroce. Une plume de dessinateur. Cet Italien d’origine la mettra longtemps au service de la droite la plus dure. L’homme pourra ainsi jouer les patriarches de l’affiche genevoise.
Un étudiant frondeur
Jean-Claude grandit aux côtés de trois frères. L’un, c’est bien sûr Guy, l’avocat et futur conseiller d’Etat. Le second, décédé il y a longtemps, se nommait Hugues. Bon antiquaire, on l’a connu installé à la rue Winkelried. Le troisième, Luc, a fait carrière dans l'enseignement.
«C’est à Leysin que j’entendis parler pour la première fois de Jean-Claude Fontanet, déclare Ginette Moussa Cantova, qui devait se faire plus tard la biographe de l’écrivain. Aujourd’hui, je me souviens avec certitude de sa réputation qui était celle d’un étudiant à la forte personnalité, jouant volontiers les frondeurs. Personne ne savait qu’il écrirait ou qu’il écrivait.»
Succès sur un malentendu
De fait, l’œuvre, finalement très restreint, du romancier débute tard. Qui perd gagne sort à La Baconnière en 1959. C’est déjà un livre sombre, comme le resteront ceux de l’auteur. Les personnages de Fontanet entament volontiers une descente aux enfers, même s’ils prennent de l’altitude comme le héros de La montagne, paru en 1970.
En 1962, La mascogne connaît un énorme succès populaire. Comme bien des triomphes, il s’agit d’un malentendu. Les lecteurs s’amusent de voir des collégiens des années 40 tricher en volant des sujets d’examen. Ils ne veulent voir ni l’histoire d’une innocence perdue ni celle du vieillissement inéluctable, puisque l’affaire est revisitée par ses acteurs cruellement vieillis. Pour Fontanet, toute vie semble devoir rester un échec. Une idée qu’il partage du reste avec nombre d’écrivains romands d’hier et d’aujourd’hui, de Jacques Chessex à Jean Vuilleumier.
Des nouvelles pour finir
Fontanet semble s’enfoncer dans le tragique avec ses ouvrages suivants, même si l’un d’eux s’intitule, en 1989, L’espoir du monde. «Son œuvre est avant tout un corps à corps avec la douleur, le délire, le sentiment de perte et la déréliction», explique Marianne Ghirelli, qui a consacré un beau livre, en 2004, à l’auteur genevois.
Cette année-là, l’homme avait déjà posé une plume longtemps mise au service des Editions L’Age d’Homme. La mort de sa femme, la compagne d’une vie, avait enlevé l’envie d’écrire à cet auteur, pour quoi tout semblait déjà si difficile. Son dernier ouvrage, des nouvelles, a ainsi vu le jour en 1997. Ce n’est pas le plus pessimiste. Son titre le dit bien. Il s’appelle La revanche de Monsieur Pélichet.