BIFACE

Le ministre P.-F. Unger et le «côté obscur de la force»

Par MARC MOULIN le 04.11.2009 à 00:00

Chargé de l’Economie et de la Santé, le sortant offre des visages contrastés.

La première chose qui frappe chez Pierre-François Unger, c’est une sorte de génie de l’entregent. Même ses adversaires politiques le saluent: «Sa façon d’être est unique au Conseil d’Etat, confirme le socialiste Alain Charbonnier. Il embrasse tout le monde. Comme je suis dégarni, il me donne des baisers sur le front! Sa bonhomie lui permet d’emballer les gens. Il est séducteur, même s’il apprécie l’affrontement. Il ne tient pas rigueur à ses adversaires.»

«Il est chaleureux, il aime les gens», confirme le président du PDC genevois Fabiano Forte. Le directeur des HUG nuance le tableau: «Ce qui me frappe surtout, c’est sa subtilité. Il ne faut pas le juger sur l’apparence, il est plus timide qu’on ne le croit: c’est un sensible», détaille Bernard Gruson, en précisant qu’il s’exprime non pas sur son ministre de tutelle, mais sur l’homme qu’il «pratique» depuis plus de vingt ans.

Charisme conquérant

Il faut donc lui laisser ça: une extraordinaire aura familière qui permet au «bon docteur Unger» et à sa rassurante moustache de conquérir le monde et de réussir des coups. Comme par exemple l’intégration des promotions économiques romandes, désormais ralliées sous le label «Greater Geneva Berne Area», qu’il faut considérer comme une victoire du conseiller d’Etat démocrate-chrétien — illustration de son «flair» et de son «charisme». Mais, comme le dit un ancien collaborateur, il y a aussi le «côté obscur de la force». Un homme souvent indécis, par «pétoche», qui finit par actionner ses services dans l’urgence et, ingrat, rejette ses propres fautes sur ses subordonnés quand les affaires tournent au vinaigre, comme ce fut le cas dans le pataquès qui a suivi la votation sur la fumée.

«On me reproche au contraire souvent de décider trop vite», s’étonne le principal intéressé. Alors que Fabiano Forte fronce le sourcil: «Comment peut-on diriger un service d’urgences, comme il l’a fait durant quinze ans, sans être un décideur?» Mais le reproche revient. «Il veut toujours ménager la chèvre et le chou alors qu’un ministre doit savoir trancher», critique la présidente de la Fédération du commerce genevois, la libérale Fabienne Gautier: «Deux ans de suite, il nous a annoncé à la dernière minute les horaires d’ouverture de fin d’année. De peur de fâcher les syndicats», poursuit celle qui juge que sa corporation n’a que peu collaboré avec Unger ces dernières années: «Sur les illuminations de Noël, il a fallu que Maudet soit élu en Ville pour qu’enfin quelque chose bouge.»

Une passivité volontaire?

L’inertie, dont se défend le ministre qui se décrit comme un «gros bosseur» (lire ci-dessous), est souvent fustigée. Où est la planification sanitaire, dont l’absence a été épinglée par la Commission d’évaluation des politiques publiques? Quid de la refonte de la loi sur les taxis? Plus assassin, Alain Charbonnier dénonce la non-application de l’initiative sur les EMS: «Il n’a pas fait campagne et a échoué devant le peuple, ce qui nous arrangeait, raconte le socialiste. Ensuite, sans mea culpa, il a refilé le dossier à Longchamp.» Critique sur le bilan d’Unger, notamment quant à la séparation des volets sanitaires et sociaux, le député croit déceler en lui «l’assurance à tous crins du professeur de médecine qui sait tout».

Mais il y a aussi ceux qui volent au secours du ministre, de son approche concertée, médiatrice, qui prend du temps. Et de sa volonté de ne pas se substituer aux acteurs sociaux: «Pour lui, l’Etat ne doit intervenir qu’en dernière nécessité, explique Bernard Gruson. Ce n’est pas de l’oisiveté de sa part, mais un vrai principe de subsidiarité: il s’agit de favoriser la responsabilité des acteurs et la prise de décision au bon niveau.»

 


 

«Je reprendrais bien le projet d’agglomération…»

Revendiquerez-vous le même dicastère de l’Economie et de la Santé?
L’Exécutif devra établir son programme, décider d’éventuels redécoupages, avant de songer au «casting». Je suis ouvert à garder mon département, mais je m’intéresse au projet d’agglomération, dont je connais déjà les partenaires. C’est le projet indispensable pour que Genève traverse sa crise de croissance et surmonte ses réflexes de repli. L’aménagement de détail, comme les plans localisés de quartier, doit, lui, être lié au Département des constructions.

Il n’empêche que le couplage de l’Economie et de la Santé semble absurde à bien des gens!
Un enfant en bas âge comprend son sens si on lui dit que la santé constitue 12% du PIB. La santé, tout comme la Genève internationale, constitue un stabilisateur en temps de crise. Le bassin lémanique est champion du monde pour tout ce qui est sciences de la vie et «Medtech». J’ai ainsi poussé les HUG à mettre en valeur ce qu’ils créent avec leurs Journées de l’innovation.

Envisagez-vous ce troisième mandat dans la continuité ou le renouveau?
Il me reste surtout à veiller à l’application de ce qui a été lancé: mise en place du réseau de soins, du projet E-toile… Mais les lois et règlements sont sous toit. Genève est en outre le seul canton à s’être doté d’un outil de monitoring des coûts de la santé. Sur cette base, on peut discuter de moyens d’action, avec la confiance des partenaires. Nous avons déjà cédé à Bâle notre record de canton le plus cher pour les primes maladie.

Mais elles augmentent encore! De 4,1% en moyenne pour 2010…
Sur la période 2005-2010, les primes genevoises augmentent plus lentement que l’inflation! Une hausse est inéluctable avec le vieillissement de la population et les progrès de la médecine. A moins de rationner les soins. Or, mon combat pour maîtriser les coûts est justement une lutte sociale contre le rationnement, afin que l’accès aux soins reste garanti à tous. Par exemple, le monitoring montre à la fois que les revenus des généralistes s’érodent et que nos dépenses pour la médecine privée sont les plus hautes. Cela veut dire que les médecins sont trop nombreux! Or, Berne nous prive dès l’an prochain de la possibilité de réguler. Le monitoring rend tout cela transparent, incontestable.

Le marché du logement s’assèche, le chômage monte: comprenez-vous que l’attractivité de Genève soit parfois mal perçue?
Les entreprises qui s’implantent emploient, après cinq ans, une majorité de résidents. Et chaque emploi importé en crée plus de trois sur le plan local, par le biais de la consommation. Opposer les promotions exogène et endogène est donc une erreur. Quant à l’habitat, les expatriés n’occupent pas des logements sociaux. Sur ce type, on ne prive pas la population locale.

En 2007, il était question que vous soyez candidat au Conseil des Etats. Vous élit-on pour deux ans seulement?
Non. En tout cas pas si le gouvernement me permet de continuer à faire quelque chose pour le mieux vivre ensemble. C’est la question majeure dans la crise d’adolescence que vit actuellement Genève.

Que répondez-vous à ceux qui vous traitent de fainéant?
Je suis un gros travailleur. J’arrive au bureau à 6?heures du matin. On me colle peut-être cette étiquette parce que j’ai consacré la première année de la dernière législature à ma présidence du Conseil d’Etat, que j’ai assumée à fond. Ensuite, j’ai replongé dans mon département. Il a donc fallu encore un an pour que les résultats commencent à devenir visibles à l’extérieur, dès 2008. Mais entre-temps, on a conçu le réseau de soins, finalisé le projet E-toile, etc.

Mon département a bouclé le premier ses contrats de prestations, comme celui des Hôpitaux et de l’aide à domicile qui ont exigé un énorme travail de fond. Il faut ajouter à cela ma participation à plusieurs délégations du Conseil d’Etat — la transversalité me tient à cœur — et aux conférences intercantonales, où l’on se doit d’être présent: j’en ai quatre, en raison du découpage particulier de mon département.
(mm)

 


 

Le guide genevois du Dr. Unger

Le candidat nous emmène du CERN à un concert rock.

De Genève, le docteur Unger connaît le mieux Saint-Jean, où il a grandi. Et le moins bien? Champel. Mais s’il reçoit des visiteurs étrangers qu’il veut emmener loin des sentiers battus, il choisit Cologny et Meyrin. «J’irais à la Fondation Bodmer, qui recèle tout ce que l’intelligence a laissé comme trace écrite, et au LHC du CERN qui interroge tout ce que l’intelligence doit encore découvrir.» Son coin favori de la campagne genevoise n’est pas loin: le coteau de Choully, d’où l’on peut voir tous les visages de Genève: quartiers habités, zone industrielle et champs. En ville, il se déplace à vélo (marque Wattworld). Pour souper en amoureux, ce sera «à la maison». Sortir faire la fête? Un festival de rock ou de blues. Ce qui mène à ses propres talents de guitariste et à son morceau fétiche: «Hey Joe» (Jimi Hendrix). Où acheter un bon livre? Le ministre fait une infidélité à Genève et choisit les bouquinistes parisiens des quais de Seine. Mais il fait aussi marcher l’économie locale: son dernier caprice était une montre, «à 6000 ou 7000?francs, mais ce n’était pas pour moi»!
MM




Bio express

Probable doyen du nouveau gouvernement, le démocrate-chrétien de 58?ans a derrière lui un long parcours.

1951: naissance à Genève, enfance à Saint-Jean.
1978: naissance du premier de ses deux fils.
1986: nommé chef des Urgences aux HUG, il les dirige jusqu’en 2001.
1993: élu au Grand Conseil, où il siège six?ans.
1996-98: préside le PDC genevois.
1999: nommé professeur de médecine.
2001: première élection au Conseil d’Etat.
2005: arrête de fumer et est réélu en première position au gouvernement.


Sondage

Hooliganisme: faut-il fouiller tous les supporters à l'entrée des stades?





Dernières offres

Marché

Administrateur SAP BC (Basis) expérimenté / H-F JPL Informatique SA, Vaud

Un(e) Assistant(e) Corporate Service ConnectPartners Sàrl, Geneve

Test Manager (H/F) QIM Info SA, Geneve

Sondage

Des tours aux Vernets: qu'en pensez-vous?





Service clients

  • Abonnements et renseignements
    Nous contacter
    lu-ve 7h30-12h/13h30-17h
    Tél. 0842 850 150, Fax 022 322 33 74
    Depuis l'étranger: +41 22 322 33 10
    Adresse postale: Service clients
    CP 5306 - 1211 Genève 11

Quel conseiller d'État vous inspire le plus confiance?

Charles Beer

 
11.7%

David Hiler

 
26.2%

Michèle Künzler

 
2.6%

François Longchamp

 
16.7%

Mark Muller

 
5.7%

Isabel Rochat

 
3.6%

Pierre-François Unger

 
12.7%

Je ne sais pas

 
20.8%

Biens immobiliers

Marktplatz
Recherche immobilière

Liens Immobiliers
Déménager
Comparer hypothèques
Habiter
Publier une annonce
Saisir votre annonce
Cartons de déménagement
homegate Des cartons pratiques de homegate.ch sont livrés à domicile. Plus

En coopération avec:

Homegate

SEARCH.ch

Commerce