Genève

Iliyas Khrapunov, le millionnaire kazakh qui tisse sa toile à Genève

Par MARC BRETTON AVEC DEJAN NIKOLIC le 15.06.2010 à 00:00

Qui est Iliyas Khrapunov, l’homme qui veut investir 147 millions à Genève-Plage? - Inscrit au PDC, il y compte de solides relais. Il sera bientôt citoyen suisse.

«Genève-Plage est un lieu fossile, dommage pour un endroit aussi beau.» L’accent russe, la fine moustache, Iliyas Khrapunov n’a pas peur des monstres sacrés. C’est sur Genève-Plage que ce Kazakh, bientôt naturalisé, a jeté son dévolu. Avec un certain culot, il propose de la transformer de fond en comble. Qui est ce jeune homme qui veut investir massivement dans sa patrie d’adoption?

- L’arrivée : né en 1984, Iliyas Khrapunov est le fils de Viktor, homme politique aux innombrables mandats, et de Leila Khrapunov, femme d’affaires et brièvement ministre elle aussi. En 1998, Iliyas, suivant les traces de sa sœur, arrive en Suisse. Il fréquente l’école privée du Rosey puis la Webster University. Bilan: une licence en business administration et un MBA en relations internationales. Mais il n’y a pas que les études. «A l’époque, il aimait la fête et fréquentait des gens qui dépensaient pas mal l’argent de leurs parents au Kempinski et à la Réserve», raconte un témoin. «Après mes études, poursuit de son côté Iliyas, je me suis demandé si j’allais rentrer au Kazakhstan, vivre en Russie ou à Genève. J’ai choisi Genève.» Choix compréhensible: sous le président Nazarbaïev, le Kazakhstan est réputé pour son faible respect des droits de l’homme.

- Ses affaires: elles sont dans la pierre. Avec 10 millions donnés par sa famille, Iliyas fonde une holding, Swiss Development Group Capital, qui possède cinq sociétés, spécialisées dans l’immobilier, plus une dont il n’est qu’actionnaire, commercialisant des tableaux d’affichage. Concernant Genève-Plage, il agit par l’intermédiaire de Swiss Development Group tout court, qui a mandaté l’architecte et ancien député radical Hervé Dessimoz.

Dans les cartons du jeune homme figurent encore divers projets: la construction d’un complexe hôtelier à Loèche, d’une tour dans le secteur international de Genève quand le projet du jardin des Nations sera lancé et la création d’une société d’investissement dans l’immobilier en Suisse.

Iliyas Khrapunov est actif dans une série de fondations caritatives, comme Smiling Children. «Les musulmans sont censés donner une partie de leur argent», commente-t-il.

- Son argent: il provient du clan familial. «Mais nos actifs sont difficiles à estimer», soupire l’entrepreneur. Pourquoi? «La famille a vendu l’essentiel de ses biens au Kazakhstan en 2006. Il nous reste environ 20% de notre fortune là-bas que nous vendons peu à peu.» Ses parents en tout cas possèdent une maison au bord du lac, achetée 32 millions. Il signale enfin que les autorités suisses se sont intéressées à la fortune de la famille, sans rien trouver.

D’où vient cette fortune? Question délicate. Iliyas esquisse le portrait de sa mère, «première importatrice de Siemens à la chute de l’Union soviétique, créatrice d’une chaîne radio-TV, investisseur dans l’immobilier, ministre». Il évoque aussi le parcours de son père: maire d’Almati, ville principale du pays, gouverneur de province, ministre. La distribution des rôles au sein du couple a-t-elle été favorable aux affaires? «Ma mère a souvent dû se contenter de faire des petites affaires pour ne pas faire du tort à mon père», selon Iliyas.

La fortune des Khrapunov serait comprise entre 300 et 400 millions, selon Bilan. On ne s’étonnera donc pas de trouver dans la presse russophone des articles évoquant une fortune bâtie sur la spéculation immobilière et des passe-droits. Du vent, selon Iliyas Khrapunov, qui attribue ces accusations à des «journaux vendus» ou à des manœuvres «d’organisations fantômes» manipulées par des ennemis de son père. «Aucune plainte n’a été lancée contre notre famille. Mon père est sorti tranquillement du pays pour soigner son dos, alors que d’autres sont en prison.» De fait, la Mission kazakhe de Genève, bien que vivement intéressée par notre enquête, n’a rien souhaité dire sur la famille.

Ce départ paisible semble assez rare pour être souligné, comme le démontre l’exemple du beau-père d’Iliyas Khrapunov: le richissime oligarque Mokhtar Abliazov a quitté le Kazakhstan de justesse pour se réfugier à Londres et fait l’objet de nombreuses poursuites lancées depuis son ancien pays.

- La politique: il a beaucoup d’amis au PDC, où il est entré il y a un an. «C’est un parti avec une aile sociale et une aile économique, j’aime ça», souligne Iliyas Khrapunov, qui devrait devenir Suisse bientôt.

A l’interne, l’adhésion de cette intéressante recrue reste peu connue: «C’est un sympathisant de la section Ville, je crois», expliquait récemment François Gillet, président du parti. Parmi ses amis figurent des personnalités: Michel Chevrolet, candidat au Conseil administratif et chargé de sa communication; Iliyas Khrapunov a récemment offert 50?000 francs à la Croix-Rouge genevoise dont le président n’est autre que Guy Mettan, président PDC du Grand Conseil; son projet immobilier à Genève-Plage a également emballé Enza Testa Haegi, membre du même parti et patronne du Cercle des dirigeants d’entreprises. En avril, le cercle lançait d’ailleurs une initiative appuyant indirectement le projet.

Dans le comité d’initiative figurent ou figuraient des personnalités politiques comme Bernard Gruson, directeur des HUG, le libéral Michel Balestra ou le radical Thomas Büchi.

? «Kazakhstan. Bourlinguer en Asie centrale postcommuniste» par Laurence Deonna, Ed. Zoé, 2001

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