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Mièvre, inutile, indispensable? Débat autour de l’avocat des animaux

Par CATHERINE FOCAS le 23.02.2010 à 00:02

Le 7 mars prochain, le peuple devra voter sur une initiative de la Protection suisse des animaux (PSA) visant à instaurer un avocat des animaux par canton. Son rôle? Faire appliquer la Loi sur la protection des animaux et poursuivre plus efficacement qu’aujourd’hui ceux qui maltraitent les bêtes.

Le 7 mars prochain, le peuple devra voter sur une initiative de la Protection suisse des animaux (PSA) visant à instaurer un avocat des animaux par canton. Son rôle? Faire appliquer la Loi sur la protection des animaux et poursuivre plus efficacement qu’aujourd’hui ceux qui maltraitent les bêtes.

Le procureur général, Daniel Zappelli, et trois ténors du Barreau genevois, Mes Marc Bonnant, Dominique Warluzel et Lorella Bertani, s’expriment dans cette page. Ils aiment tous les animaux. Ils en ont eu ou ils en ont. La cruauté à l’égard des bêtes est à leurs yeux inacceptable. Mais ils ont des positions divergentes sur la nécessité d’instaurer un avocat des animaux.


Me Marc Bonnant

«La cruauté à l’égard des animaux est abjecte, observe Me Marc Bonnant. Ce qu’elle dit de l’homme est terrifiant. Il me paraît juste de les protéger. Cette protection que l’on doit à une forme de faiblesse et, si j’ose, à une forme d’innocence. Qu’on leur donne un avocat!

»Si Dieu est à l’origine de la vie – hypothèse encore très répandue – les animaux sont des créatures. Moins que nous à son image peut-être… Il faut se garder d’une sensibilité melliflue et de tout anthropomorphisme. Toutefois, les animaux souffrent aussi, éprouvent des sentiments. Nous avons la parole, ils ont un langage. Une mémoire, une fidélité comme nous, parfois dans les cas heureux. Ils ont une âme, nous non plus.

»Un neurochirurgien de mes amis m’a assuré un jour qu’entre mon cerveau et celui d’un singe, la différence était infinitésimale. Je vis depuis lors dans une grande humilité et je salue avec fraternité bonobos et chimpanzés. Avoir cette sensibilité à l’égard des animaux, ce n’est pas négliger d’autres souffrances.

Ce n’est pas nécessairement se tromper dans la hiérarchie de nos sollicitudes ou opérer une confusion des genres. Les animaux de mon entourage – Circé et Athor, des bergers allemands, Macareno et Corsario, des étalons andalous – me sont souvent un plaisir, parfois un réconfort, sans que j’aille à ce point de misanthropie qui voudrait que les animaux seuls me consolent des hommes.»

 


 

«La cause est noble»

Me Dominique Warluzel

«Je n’ai jamais pris position dans un débat politique et n’appartiens à aucun parti», explique Me Dominique Warluzel, qui s’est joint au comité de soutien de l’initiative pour un avocat des animaux.

«La cause est noble et mérite d’être défendue. La politique criminelle ne s’oriente pas seulement en fonction de la nature des infractions, mais elle dépend aussi de l’opinion publique et de la mobilisation autour d’une cause. Le combat est juste. Pour qu’il devienne efficace, il faut des leviers juridiques. En France, par exemple, les associations comme la SPA peuvent se constituer partie civile lorsque leurs intérêts idéaux sont lésés. Ici, on exige que le préjudice soit direct et personnel. Les associations qui défendent les animaux ne peuvent donc pas se constituer partie civile. Si ce droit existait, un avocat des animaux deviendrait superflu.

Les droits des enfants ne sont pas mal défendus. Dans les années 90, on soutenait qu’à Genève, la pédophilie n’était pas une priorité alors qu’objectivement, c’en était une. A l’époque, on défendait l’idée que c’était le blanchiment d’argent qui était une priorité en termes de politique criminelle. Or, ça n’en était pas une. L’histoire a prouvé que les affaires de ce type ayant donné lieu à des condamnations sont statistiquement mineures.

»Que cela soit à l’égard d’un enfant ou à l’égard d’un animal, c’est le comportement de maltraitance qui est déviant. C’est ce comportement qui est en cause et non pas le sujet de la maltraitance. Il ne s’agit pas de hiérarchiser la perversion. Nous ne sommes pas face à un choix entre les enfants et les animaux. Ce doit être l’un et l’autre. J’ai toujours aimé les animaux, mais je ne défends pas l’initiative par sensiblerie. Plutôt par logique sociojuridique. Des animaux, j’en ai eu, des chiens et des chats, je n’en ai plus parce que je n’ai pas le temps ni la disponibilité pour m’en occuper.»

 


 

Canaris décapités

Le procureur général Daniel Zappelli

Pour le procureur général, Daniel Zappelli, instaurer un avocat pour les animaux n’est pas nécessaire. Parce que dans ce domaine, la justice, et notamment la justice genevoise, fait son travail. Selon la Protection suisse des animaux (PSA), 12 cas seulement de maltraitance ont été instruits à Genève depuis 1982. Or, ces chiffres sont clairement faux selon le chef du Parquet, qui évoque, parmi plus d’une quinzaine de condamnations pour maltraitance, les exemples les plus marquants de ces cinq dernières années.

Le plus récent, au début de 2010, pour se venger d’une rupture, une dame tranche la tête de quatre poules et les dépose au domicile de sa rivale: 90?jours-amendes avec sursis. En 2005, un homme menace de mort son épouse avant de décapiter devant elle ses quatre canaris, là également une histoire de vengeance. Il écope de 20?jours de prison avec sursis.

Dans un registre plus difficilement supportable, une bande de jeunes torture un chat et filme le supplicié avec un téléphone portable avant de mettre l’animal dans un lave-linge en marche… L’idée était au final de le brûler vivant, mais ils n’avaient pas d’essence: 30?jours-amendes avec sursis pour le seul majeur de la bande. En 2008, un homme poignarde sa chienne avec deux coups de couteau, avant de la traîner dans la baignoire et de tenter de l’égorger.

L’animal a dû être euthanasié. L’autopsie révèle la force des coups: sept mois de prison avec sursis. Huit mois avec suivi psychothérapeutique pour un autre individu qui frappait et ébouillantait régulièrement son chien et ne lui donnait à boire que du whisky.

«A chaque fois, les autorités pénales sanctionnent, il n’y a aucun laxisme, affirme le procureur général. Un avocat pour animaux n’y changerait rien. S’il y a une amélioration à apporter, ce serait plutôt au niveau de la prévention.» Il se dit très sensible à ces cas «car souvent, celui qui fait preuve de cruauté envers les animaux pourra faire de même envers son prochain, surtout s’il est plus faible que lui».

Le magistrat a toujours eu des chiens à la maison. Mais pas en ce moment: «Avec ma fonction actuelle, je n’ai plus la disponibilité nécessaire pour m’en occuper.»

 


 

«Aucune logique»

Me Lorella Bertani

«Je suis contre un avocat pour les animaux parce que du point de vue procédural, la démarche est moins logique que pour un être humain. Un avocat qui représente une victime est là pour obtenir un verdict de culpabilité, un tort moral, des dommages et intérêts. Tout ceci n’a aucun sens pour un animal. Il est évident que ce dernier doit être protégé et ceux qui le maltraitent sanctionnés durement. Mais à mon sens, c’est le rôle du Ministère public. Il faudrait renforcer les systèmes existants plutôt que de créer de nouvelles dépenses. A Genève d’ailleurs, les cas arrivés à ma connaissance ont donné lieu à des procès. Il est clair que la défense des enfants maltraités est prioritaire. La situation est bien meilleure qu’il y a 20?ans, pourtant il y a encore beaucoup à faire. Mais les deux causes ne sont pas antagonistes. Oui, j’aime les animaux. Quand j’étais adolescente j’avais, avec ma sœur, un chat qui s’appelait Suki et si j’avais plus de temps, j’en aurais à nouveau un.»

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