Pas de bronzette cet été pour les 150 étudiants qui ont choisi le CERN comme destination de rêve. Voilà presque trente ans que le projet du LHC a débuté et avec lui le recrutement des summer students. Une opportunité exceptionnelle pour ces futurs «Einstein», qui contribuent ainsi au gigantesque travail que nécessite l’accélérateur de particules. La condition pour être engagé? Avoir son bachelor en poche, étudier la physique, l’informatique ou l’électronique et être doué.
Ambiance relax
Nadir, 21?ans, étudiant en physique fondamentale à la fac de Paris, a postulé sans trop y croire. «On m’a dit que c’était assez sélectif, je ne pensais pas avoir ma chance!» Et pourtant… Côtoyant le monde des hautes énergies depuis maintenant deux semaines, il raconte. «Ici, personne ne travaille dans son coin. Au quotidien, il y a beaucoup d’échanges et d’entraide. On tutoie nos superviseurs (ils travaillent au CERN de manière permanente et s’occupent des stagiaires) dès le premier jour.»
50% de filles
Samir, originaire lui aussi de la capitale française, a 23?ans et «bûche» en ce moment sur sa thèse au CERN. En 2007, il a pu expérimenter les stages d’été. «C’est comme travailler à Wall Street pour un étudiant en finance! De plus, cela représente un immense tremplin pour la suite. Entre 20 et 50% des étudiants d’été reviennent les années suivantes. Soit pour un nouveau stage, soit pour accomplir leur thèse, comme moi. Certains sont même engagés en qualité d’employés.»
Les jeunes gens sont logés dans trois foyers à l’intérieur du CERN. Comme à l’hôtel! «Nous avons été très bien accueillis et nous sommes rémunérés, raconte Nadir. La plupart des jeunes viennent des pays membres, mais d’autres sont Américains, Israéliens ou Japonais. Le CERN engage 50% de filles, pour donner une chance à tout le monde. On parle anglais entre nous et on s’amuse bien, même si on travaille dur.»
Physique et informatique
Le travail, ce n’est pas ce qui manque. Surtout avec l’événement tant attendu de cet automne: le lancement du LHC. Qui sait, peut-être que cette fois-ci sera la bonne! Les jeunes stagiaires sont intégrés à un groupe qui travaille sur une des quatre grandes expériences de l’accélérateur: ALICE, CMS, LHCb et ATLAS. Parallèlement, ils suivent des cours, donnés par de grands physiciens, traitant de tous les domaines d’études du CERN. «Ils sont très intéressants et didactiques», témoigne Samir.
Les physiciens consacrent environ 20% de leur activité à l’informatique pure. «Nous sommes comme rivés à l’écran. Les seuls à écrire des formules compliquées sur un tableau noir sont les théoriciens!» explique Nadir. Le jeune homme s’est attelé à une petite partie d’ATLAS avec un groupe d’une quarantaine de personnes. Le détecteur complet nécessite les efforts de 2000 physiciens.
«Je prépare des outils informatiques utiles à l’expérience et j’aide mon superviseur à vérifier que le détecteur fourni les bonnes données. Par contre, je n’ai pas le droit de descendre près du LHC.»
Verra-t-on enfin le fameux boson de Higgs (particule élémentaire n’existant pour l’instant qu’en théorie)? «Je pense qu’on va découvrir beaucoup de choses, mais qu’on ne saura pas les interpréter immédiatement. Il faudra plusieurs années pour analyser les résultats!» La révolution, ce n’est donc pas pour tout de suite.
Bon pour l’ego
Travailler au CERN? «C’est un investissement total, il n’y a pas d’horaires fixes. Il faut être passionné!» Malgré tout, les deux Français s’imaginent bien y faire carrière. «Je me pose constamment des questions sur tout ce qui m’entoure, explique Nadir. A 15?ans, j’ai lu Science et Vie Junior. Un sujet sur la physique quantique m’a fasciné. Depuis, j’ai toujours voulu mieux comprendre l’univers.»
Samir reprend. «On ne fait pas ce métier pour l’argent ou les horaires. La récompense, c’est de pouvoir être fier des progrès accomplis.»