La Grande Odyssée Savoie Mont-Blanc, c’est un «toutou» grand périple en traîneau. Personne ne dira le contraire. Et pour cause: du 10 au 20 janvier, d’Avoriaz à Val Cenis, 27 mushers (conducteurs d’attelage) et environ 350 chiens doivent avaler 1000?km de poudreuse, soit 25?000 mètres de dénivelé positif, ponctués de nuits en bivouac par –25?degrés.
Cette année, quatre Helvètes participent à la 6e?édition de la course réputée pour être la plus difficile du monde. Mardi, une vingtaine de meutes ont pris leurs quartiers dans la station haut-savoyarde des Gets.
Il faut graisser 40 pattes
Il est 8?heures. Sur le stake-out (zone de repos), les propriétaires bichonnent leurs champions. Pour éviter les gerçures et autres bobos interdigitaux pendant l’effort, il faut minutieusement graisser entre 32 et 40 pattes, sans compter l’enfilage des chaussons.
La 4e?étape du périple canin démarre dans quelques minutes. Les meutes sont prêtes. Hurlements, aboiements, les cracks des neiges trépignent d’impatience. Les attelages s’avancent ensuite par grappes sur la ligne de départ. L’excitation est à son comble. Les plus exaltés creusent fébrilement la neige avec leurs pattes avant. C’est à ce moment que le public peut le mieux admirer les animaux.
Le thermomètre affiche six degrés en dessous de zéro. Les conditions sont idéales. Tout autour, les flashs ne cessent de crépiter. De temps à autre, les moufles s’entrechoquent pour encourager les coureurs ou réchauffer les mains. Lorsque la tension atteint son paroxysme, le signal peut enfin être donné.
Contrôles antidopage
Chaque départ s’effectue en trombe, par petits bonds, et s’accompagne parfois de grognements. A tour de rôle, les escouades s’élancent pour se perdre dans les reliefs. Destination: la station de Praz-de-Lys, une halte de quelques heures avant d’embrayer le soir même pour Morzine.
Les galopants athlètes n’ont décidément rien à voir avec des toutous de salon. Ils intimident. Ces canidés tout-terrain font leurs besoins en courant, la gueule continuellement béante. Dans l’effort, les grosses langues baveuses cinglent les chiens jusqu’aux oreilles. Par groupes de huit ou dix, les puissantes locomotives à fourrure tirent jusqu’à cent kilos. Le long des trajets, le maître, qui est cramponné à sa luge, accompagne l’effort de ses chiens.
Les tensions physiques des animaux sont si intenses que les différentes étapes de la régate comportent des séances de kinésithérapie et de contrôles antidopage. Au royaume des mushers, le meilleur ami de l’homme se doit d’être un sportif aussi complet que les croquettes qu’on lui sert durant les courses.
La gamelle de champion
«Le secret tient dans la qualité de la nourriture, explique le Grison Emil Inauen, recordman du nombre d’étapes gagnées sur la Grande Odyssée. Les mets doivent être très riches. Mais il faut aussi varier les plaisirs pour motiver les chiens.»
Depuis trois ans, le tenant actuel du maillot jaune pratique en famille. Son épouse, Barbara, s’occupe des jeunes espoirs. «Je ne cours pas contre la montre, souligne le médecin de profession. J’initie à la compétition.» Les Inauen gèrent leur chenil comme une véritable entreprise. «Avec chacun un emploi, trois enfants et 40 chiens, on bosse de 5?heures du matin à 22?heures le soir, chaque jour de la semaine.» Résultat: le couple de Suisses s’est plusieurs fois illustré lors de compétitions internationales de renom.