«Vous n’aurez dorénavant plus besoin de vous geler devant chez nous, la rente de votre fille a été acceptée; elle lui sera versée avec effet rétroactif. Nous vous devons aussi des excuses pour la durée de la procédure.» Voilà, en substance, la bonne nouvelle qu’une collaboratrice du Service de l’assurance invalidité (AI) a récemment annoncée à Patricia Lacour. Ce 16 novembre 2011 restera à jamais un jour de renaissance pour cette Mère Courage qui se bat sans compter depuis 2004, multipliant les actions publiques par tous les temps, pour faire avancer la cause de son enfant: «On a trop longtemps qualifié ses douleurs de subjectives!»
Il a fallu onze expertises
Souffrant de surdité à 97% depuis sa naissance et d’une maladie chronique évolutive (la spondylarthrite ankylosante séropositive) depuis 1994, ainsi que d’un coup du lapin depuis 2002, qui la handicape encore davantage, Nadia (prénom fictif) n’était jusqu’alors entendue ni par l’assurance invalidité (AI) ni par La Bâloise, auprès de laquelle elle a contracté une assurance vie. «Mon Dieu, la roue a fini par tourner et la vérité est enfin reconnue par l’AI… après onze expertises et 130?000?francs de frais d’avocats!» relève cette maman ivre de bonheur pour sa fille de 40?ans qui vient ainsi d’«obtenir réparation» à travers la reconnaissance de sa maladie: «Un expert médecin a pu établir la vérité, grâce à 4 IRM concluant à l’incapacité totale de travail de Nadia.» Mais pourquoi avoir dû attendre si longtemps?, se lamente la pasionaria. A l’AI, on se contente pour l’heure de se réjouir d’avoir enfin pu statuer sur ce cas, «même si la confirmation d’une maladie n’est pas une bonne nouvelle en soi».
Patricia Lacour, elle, espère que la victoire de sa fille encouragera d’autres personnes à dénoncer des injustices: «On a le droit de ne pas tout accepter, il faut parfois lutter pour retrouver sa dignité.» Dès ce matin, munie de son éternelle pancarte en carton, la battante poursuivra son combat devant le siège central de La Bâloise… à Bâle. Car cette compagnie «a vite résilié son contrat quand elle a reçu les conclusions de la dernière expertise de l’AI».
Malgré sa surdité, la jeune femme avait réussi à suivre une scolarité normale, avant de devenir aide familiale puis assistante administrative. Finalement contrainte à l’arrêt de travail en 2004, Nadia a touché pendant deux ans la perte de gain. La Bâloise a, de son côté, commencé à lui verser les 1000?francs mensuels prévus dans le contrat. Or, suite à une nouvelle expertise, l’encourageant à prendre un médicament qui lui permettrait de retravailler, et à un refus d’AI en 2007, son assurance vie a cessé sa prestation. Pourquoi? «Sans procuration de notre cliente, nous ne pouvons pas évoquer ce cas», réagissait le responsable de communication de La Bâloise dans nos éditions du 5 mars dernier.
«Le médicament qu’on veut prescrire à Nadia est prétendument efficace pour empêcher la progression de la maladie. Mais, selon un neurologue de la place, il comporte des effets négatifs très graves qui peuvent conduire au décès du patient. En vérité, La Bâloise tente de trouver tous les artifices possibles pour ne pas indemniser ma fille», estime Patricia Lacour. Qui, après avoir fait plier l’AI, entend bien persuader cette assurance de la juste cause de sa croisade.
Une grève de la faim
«Ma fille, ma bataille» a déjà conduit cette quinquagénaire à mener une grève de la faim en mars dernier devant le siège genevois. «Je vais profiter de mes cinq semaines de vacances pour jeûner», nous expliquait alors cette fidèle aide-soignante des Hôpitaux universitaires de Genève depuis quarante-deux ans.
Pour parvenir à ses fins, Patricia Lacour n’a jamais ménagé son énergie, travaillant le plus souvent possible les nuits et les week-ends pour être mieux rémunérée afin de supporter les factures de ses défenseurs: «Sans ma famille, qui nous a toujours soutenues, je ne sais pas ce que Nadia et moi serions devenues.» Toutes deux vont d’abord profiter de la rente AI pour régler leurs dettes. «Puis nous aimerions passer quelques jours en tête-à-tête sur la Côte d’Azur, pour fêter cette merveilleuse victoire.»