«On ne travaille plus, on fait la police.» Les propriétaires et gérants des commerces de la rue du Mont-Blanc se sont réunis mardi après-midi pour crier leur ras-le-bol. Deal, vols à l’astuce – dits à la Zizou – et mendicité: à les entendre, leur rue, pourtant très touristique, est devenue une véritable «zone de non-droit». Tous demandent aux autorités de réagir.
Ils seraient de plus en plus nombreux – des groupes atteignant parfois 50?personnes selon les témoignages – et agressifs: les mendiants semblent poser un réel problème aux commerçants proches de la gare. «Il y a un an, ils s’arrêtaient encore à la porte, explique Bernard Marconi, représentant des commerçants du centre-Rive droite. Mais aujourd’hui, ils entrent. Il y a une véritable montée de l’agressivité verbale et physique.»
Autour de la table, chaque gérant y va de son anecdote: «Quand j’ai demandé à une petite fille d’arrêter d’accoster mes clients, elle a balancé toutes les chaises de ma terrasse, explique le gérant du Swiss Meal. Mes employés, souvent des jeunes de 17-18?ans, ont peur!» Insultes, crachats, menaces: les récits d’incidents sont semblables du côté du restaurant Café de Paris.
Plainte déposée
Le gérant du kebab de la rue vient, lui, de déposer une plainte pour agression. «Un homme s’est mis à harceler mes clients. A chaque fois qu’une personne refusait de lui donner de l’argent, il vociférait et l’insultait à haute voix.» Sommé par deux fois de partir, l’individu finit par agresser le gérant avec sa canne, toujours selon la plainte. Hier, trois hommes, dont l’agresseur présumé, seraient venus le menacer, raconte le plaignant. «La police ne peut rien faire. Tu chasses quelqu’un de ton restaurant, on l’embarque. Mais il revient le lendemain…»
La mendicité n’est pas l’unique problème de ces commerçants. En fin de journée, leur rue est également envahie par les dealers chassés des Pâquis et, surtout, les Zizous. «Ils suivent nos clients jusque dans les bus, explique le responsable d’un bureau de change. L’un d’eux, une femme, a même été menacé avec un couteau. Il ne faudra pas s’étonner si certains refusent de payer la taxe touristique. Nous voulons que la loi soit appliquée et cesser de devoir faire les gendarmes.»
Stressante, la présence des mendiants et des Zizous serait également dure pour les affaires, assurent les commerçants. «Les choses se sont dégradées d’année en année. Cet été, c’est le point culminant», poursuit Bernard Marconi.
Du côté des bureaux de change, on explique avoir perdu entre 25 et 30% de chiffre d’affaires depuis le printemps. «Les mendiants sont une vingtaine à se poster devant mon bureau, à 7?h du matin, explique un gérant. Du coup, les gens regardent à deux fois avant d’entrer. Certains ne s’arrêtent plus du tout.» A la nuit tombée, les terrasses se vident: «Auparavant, j’avais du monde jusqu’à 2?h du matin. Maintenant, à 22?h, il n’y a plus personne, explique le propriétaire du kebab. Je dois appeler la police 4 ou 5?fois par jour!»
Présence policière accrue
La police confirme une recrudescence générale du nombre de Roms à Genève et elle assure que la rue du Mont-Blanc est dans la ligne de mire de l’opération Nemo, l’action de sécurité publique menée autour de la rade en été. Les Fêtes de Genève étant terminées, les services concernés renforceront leur présence dans le quartier. Jean-Philippe Brandt, porte-parole, précise: «Il est important de ne pas laisser de point de fixation, d’empêcher les gens de s’installer.»
Campement vidé sous le pont de Lancy
Mardi en fin d’après-midi, la Voirie de la Ville de Lancy, le responsable des agents de police municipaux de la commune et la police cantonale ont travaillé de concert afin de vider un campement rom, visiblement déserté, sous le pont de Lancy. Ce sont des habitants du quartier qui ont averti la police. Sur place, l’équipe a évacué 25 matelas. En tout, près de neuf mètres cubes d’affaires – dont des vêtements usagés et du matériel divers – ont été emportés par la Voirie. Un «espace cuisine» et un coin toilettes ont également dû être débarrassés. En revanche, personne ne se trouvait sur les lieux à l’arrivée des différents services. «Ce genre d’intervention n’est pas exceptionnel», explique Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la police. Les gendarmes peuvent effectivement être amenés à vider de tels dortoirs signalés par des riverains, dans n’importe quelle commune.
Etant donné la recrudescence du nombre de Roms dans le canton, la loi sur la mendicité, votée en 2007, n’a-t-elle eu aucun effet? Pour Christian Lüscher, conseiller national et auteur du texte, celui-ci n’est simplement pas appliqué assez scrupuleusement. «Il faut prendre conscience que l’on a atteint une situation qui n’est plus tolérable, explique l’avocat genevois. On fait croire à ces mendiants que la Suisse est un eldorado, alors qu’ils s’y retrouvent dans des situations précaires. Le problème est que celui qui assure l’application de la loi, à savoir Laurent Moutinot, est aussi celui qui l’a le plus combattue. Je lui lance un appel: quatre mois avant votre départ, M. Moutinot, appliquez la loi!»
Pour Me Dina Bazarbachi, présidente de Mesemrom, le dispositif légal est au contraire inapplicable et appliqué de manière aléatoire. «Ce texte n’a rien changé. Les contraventions à l’encontre des Roms ne sont même pas envoyées à leur domicile, car la police n’est pas capable de retranscrire les adresses. Certains ont été envoyés en prison pour des factures impayées qu’ils n’avaient même pas reçues. Les commerçants devraient se calmer: ces personnes viennent ici car elles sont dans une misère noire.»