Le projet est gigantesque et sans commune mesure à Genève. La société Bugena SA compte réaliser un important complexe immobilier sur la commune de Vernier. Elle prévoit la réalisation de 1000 logements, des surfaces d’activités pour 4000 emplois, un hôtel et toute une série d’équipements scolaires, culturels et sportifs, à commencer par le bowling sur lequel elle s’implante. En tout, ce seront 250?000 mètres carrés de surfaces de plancher qui seront construits, sur un site de neuf hectares.
Le secteur se situe entre la route de Meyrin et les voies de chemin de fer. Traversé par le chemin de l’Etang, il est occupé par quelques industries, de grands parkings à voitures et un bowling. Le promoteur a réussi à mettre la main sur la totalité des parcelles en trois ans. Un joli coup. «Les gens étaient trop focalisés sur la Praille», commentent avec un sourire les protagonistes.
Le projet est fortement conditionné par les contraintes des lieux. A deux pas se trouvent de nombreuses citernes à carburant. «Nous devons donc construire un grand mur pour protéger le site», explique l’architecte Hervé Dessimoz. D’une hauteur de 30?mètres, il constitue la façade borgne d’un bâtiment artisanal. Ce mur est couvert de panneaux solaires. Cette longue barre se poursuit côté autoroute par un immeuble affecté à des bureaux. Le rez-de-chaussée est réservé pour une galerie commerciale couverte d’un plafond vitré et accolé à un hôtel 4 étoiles. Au centre, une dizaine d’immeubles entre 6 et 14?étages abritent 1001 logements. Les voitures accèdent au quartier via une bretelle qui enjambe l’autoroute. La circulation dans le quartier est fortement limitée.
Près de 2 milliards
Le projet ne tombe pas de la lune. La commune de Vernier a élaboré voici deux ans un plan d’aménagement pour densifier et revaloriser ce secteur. Il est aujourd’hui classé en zone de développement industriel et artisanal. Les promoteurs ont d’ailleurs présenté leurs plans aux élus verniolans ainsi qu’au conseiller d’Etat Mark Muller qui réagissent favorablement (lire ci-dessous). Aujourd’hui, le projet sera formellement déposé à l’administration.
Le coût de construction est à l’image du projet. «Il devrait se monter à 1,5, voire 2 milliards de francs», estime Jean-Sven Grivel, l’autre architecte. Qui va financer une telle opération? «En partie les banques et les acteurs institutionnels, explique laconiquement Jean-Bernard Buchs, l’administrateur de Bugena SA. Cet aspect ne nous pose aucun souci.»
Il est vrai que le projet est solidement adossé. Derrière Bugena SA, on trouve Claude Berda. Ce n’est pas pour rien si PME magazine le qualifie de «nouveau roi de l’immobilier» sur l’arc lémanique; le journal évalue son portefeuille immobilier à un milliard de francs.
De Dorothée à Implenia
La petite histoire a retenu que Claude Berda a commencé à vendre des jeans à Saint-Tropez. Il s’est surtout taillé un empire dans le milieu télévisuel français. Sa société, AB Groupe, a commencé par produire les disques de Dorothée avant de racheter les droits de grands succès comme Derrick ou Navarro.
Installé à Genève depuis une dizaine d’années, il est très actif dans l’immobilier. Important actionnaire d’Implenia, il a racheté il y a deux ans au constructeur suisse sa division de gérance Privera qui gère près de 3500 immeubles en Suisse. Récemment, Bugena SA a vendu une des tours du Lignon.
Vernier et l’Etat favorables
Les premières réactions des autorités politiques sont favorables. «Je salue ce projet ambitieux et audacieux, déclare Mark Muller. Le fait que le promoteur maîtrise les terrains est un avantage, tout comme l’ouverture dont fait preuve la commune.» Le conseiller d’Etat en charge de l’Aménagement va mettre en place un groupe de travail intégrant ses services, la commune et les promoteurs «afin de coordonner nos actions».
Le chemin est long. Il faudra déclasser les terrains. «A priori, en zone 3 de développement», poursuit Mark Muller. Ce qui signifie que l’opération sera financièrement soumise à l’administration.
Que pense-t-il de la disproportion entre les 4000 emplois et les 1000 logements? «Il faut l’envisager à l’échelle du canton. Vernier est soucieuse de créer des emplois. Mais ce rapport de 1 à 4 va devoir être discuté. Il faudra aussi apprécier l’impact visuel du projet; le but étant de créer un quartier de qualité.»
Le projet a été présenté au Conseil municipal de Vernier en septembre. «L’accueil y est plutôt positif», commente le conseiller administratif Yvan Rochat. «Les promoteurs sont à l’écoute de la commune, c’est très appréciable.» L’élu estime toutefois que le projet nécessite des améliorations. Il juge le projet trop dense et les logements trop nombreux. «Vernier a surtout besoin de places de travail. Il faudra faire attention à gérer ce nouveau quartier créé ex nihilo.» L’élu pense aussi qu’en déplaçant des citernes, on offrirait davantage de liberté au projet.
En bref
Le site: 9 hectares, classés en zone de développement industriel et artisanal, sur la commune de Vernier.
Le programme: 1000 logements, 4000 emplois, un hôtel, une galerie commerciale, un centre culturel, des infrastructures sportives. En tout, 250?000?m2 de surfaces à construire.
Les architectes: Hervé Dessimoz du Groupe H et Jean-Sven Grivel de AAG Ateliers d’architectes.
Le promoteur: Bugena SA