Au printemps vint la promesse, à l’automne son exaucement. Manuel Tornare a dévoilé hier cinq projets de construction ou d’extension de crèches qui devraient, entre l’an prochain et 2014, offrir 327 nouvelles places de garde pour les enfants âgés de quelques mois à 4?ans. Le socialiste commence à concrétiser son annonce du 6 mai dernier, selon laquelle la totalité de la demande en places de crèche serait couverte d’ici à l’horizon 2014-2016. A cette date, Manuel Tornare aura rendu son tablier de conseiller administratif: ce sera chose faite au printemps prochain. Autant dire que le magistrat lègue un héritage mais aussi une mission à son successeur qui sera élu en avril prochain.
Gros effort à Plainpalais
Parmi les projets mis en vedette, deux se situent dans le voisinage de l’Hôpital. Une structure de 93?places y verra le jour, à la rue Cingria, en 2012; une autre de 84?places ouvrira en 2014 à la rue Barthélémy-Menn. Or, la pénurie est aiguë à Plainpalais puisque la moitié des requérants y restent sur le carreau, alors qu’en moyenne, la Ville satisfait 60% de la demande. «Ce taux n’était que de 31% il y a dix?ans», se plaît à rappeler Manuel Tornare, qui a été élu en 1999 au Conseil administratif.
Saint-Gervais jouira dans un an de soixante nouvelles places: l’édifice est en construction au coin des rues Rousseau et du Cendrier. Autre nouvelle structure, celle qui offrira en 2012 quarante?places à la rue Rothschild, aux Pâquis. Enfin, la crèche des Gazouillis, qui jouxte le parc Geisendorf, fera plus que doubler de volume en 2013 avec cinquante nouvelles places.
Pléthore de projets
Si ces projets sont considérés comme «à bout touchant», c’est soit qu’ils sont en voie de réalisation, soit qu’ils sont soumis ou prêts à l’être au Conseil municipal, qui pourra y apporter quelques retouches. Mais les plans sont prêts et dûment approuvés au niveau de l’administration et de l’Exécutif de la Ville.
Une vingtaine d’autres dossiers sont en gestation. Sur cette base, la déléguée à la petite enfance Francine Koch se dit prête à assumer à terme 100% des besoins, même en tenant compte de la demande additionnelle de 200 enfants par an liée à Harmos. Cette harmonisation intercantonale va peu à peu avancer de quelques mois l’âge plancher pour entrer à l’école enfantine. Les enfants qui ne peuvent plus entamer leur scolarité se reporteront sur les crèches.
Certains projets sont avancés (comme ceux de la Cité U et de la Dent de Lait à Champel), d’autres plutôt enlisés: c’est le cas, en Vieille-Ville, de la reconversion partielle du Manège en institution pour la petite enfance. La Ville souhaite la gratuité du droit de superficie, mais l’Etat demande 250?000?francs annuels (après avoir d’abord exigé plus du double).
Testament de bâtisseur
Mais les crèches poussent plutôt bien. On compte 3033?places en ville en 2010, contre 1906 il y a onze ans. «Ce qui m’a toujours surpris, en bien, c’est qu’on n’ose pas s’attaquer à la petite enfance, témoigne Manuel Tornare. Les projets mettent de deux à cinq ans pour voir le jour, ce qui est plutôt rapide pour Genève.»
Reste que le magistrat a essuyé des critiques, notamment du PDC et du reste de l’Entente, qui jugent les crèches genevoises trop luxueuses: les normes architecturales, le taux d’encadrement et les conditions de travail du personnel sont mis en cause.
Manuel Tornare se dit ouvert à discuter ces thèmes, pour peu que cela soit aussi négocié avec le personnel. Mais pour lui, le gros problème est que «certaines communes n’assument pas leurs responsabilités en matière de petite enfance. Il faut imposer des contraintes!» Un clin d’œil à l’initiative rose-verte qui inscrirait dans la Constitution la nécessité de couvrir les besoins d’accueil en âge préscolaire.
En ville, 15% de la demande provient d’autres communes.