Rémy Pagani est heureux et le montre. Le maire tient enfin l’outil dont il rêvait pour préserver, voire accroître le nombre de logements en ville. Hier, il annonçait l’entrée en vigueur du règlement relatif aux plans d’utilisation du sol (PUS). Le Tribunal fédéral a en effet débouté les deux derniers recourants, la Société des hôteliers et les milieux immobiliers.
La Municipalité dispose des PUS depuis 1988, mais jamais elle n’avait pu obtenir mieux qu’un règlement transitoire. Le texte est maintenant définitif. Rémy Pagani espère qu’il permettra d’atteindre la parité logements-emplois.
Dorénavant, la Ville peut exiger qu’au moins 80% de la surface des nouvelles constructions soient dévolus au logement. Jusqu’à présent, ce ratio plafonnait à 70%. «La pression est énorme pour construire des bureaux au centre, explique Rémy Pagani. On essaie d’inverser la tendance.» Le périmètre de la Praille-Acacias-Vernets, situé en zone industrielle, n’est pour l’heure pas concerné.
A ceux qui craignent que ces règles ne découragent les promoteurs et freinent la construction, Rémy Pagani rappelle les 70% de logements exigés jusqu’alors. «Si de tels pourcentages figeaient tout, la ville serait figée depuis vingt-deux ans.» Le maire qualifie les PUS d’«outil essentiel pour la collectivité. Sans eux, les quartiers populaires n’existeraient plus. Aux Pâquis, aux Eaux-Vives, à la Jonction, il n’y aurait que des bureaux!»
«Intérêt général malmené»
Autre nouveauté, la Ville pourra imposer à un propriétaire de mettre à disposition des habitants de son immeuble un espace vert ou de détente. La disposition ne concerne que les constructions réalisées sur une parcelle excédant 1000?m2. Le taux d’espaces verts doit alors atteindre 35% ou 40%, selon les secteurs.
C’est ce point qui heurte les milieux immobiliers. «Une telle disposition est contraire à la volonté cantonale de densifier la ville, déplore Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière. Il s’agit d’une atteinte à la propriété foncière et à l’intérêt général, qui lui aussi commande de densifier la ville. Les propriétaires n’auront pas intérêt à transformer ou construire. Cette mesure conduit à maintenir la ville sous cloche.»
Les PUS continueront aussi à préserver l’accessibilité des arcadesau public. «Quand les commerçants peuvent voir dans la rue et les passants voir dans les commerces, la sécurité est renforcée», dit Rémy Pagani.
Il veut aller plus loin. La Ville ne peut aujourd’hui empêcher une bijouterie de remplacer un café. Or, elle rêve d’avoir son mot à dire quant à l’affectation des arcades. L’Exécutif prépare un projet allant dans ce sens. «Le maintien de l’activité au centre dépend de cette possibilité.»