ELISABETH FATTON
«Depuis deux ou trois ans, on a tous une surcharge de travail. Le report des charges du canton sur les communes a aggravé les choses. Nos secrétariats sont débordés.» Elisabeth Fatton, maire de Collex-Bossy depuis 2007 (et avant cela adjointe pendant huit ans) n’est pas la seule magistrate à le dire. «On se trouve parachuté dans un Exécutif, et on doit tout à coup faire des choses qu’on n’a jamais faites.» Entre autres tâches, Elisabeth Fatton s’occupe de l’entretien des bâtiments communaux. C’est elle qui commande les travaux, qui fait les visites de chantier. «J’aurais de quoi engager quelqu’un, mais je ne saurais pas où le mettre. Nous manquons de locaux.» Actuellement, la commune occupe une secrétaire de mairie et une secrétaire administrative, deux cantonniers et un concierge.
Une semaine «moyenne»
Mais les journées de Mme le maire sont bien remplies. Elle retrace une semaine prise au hasard à la mi-mai. Lundi congé, si l’on excepte du travail de bureau à domicile. Mardi matin, rendez-vous de bâtiments, l’après-midi séance de l’Exécutif et audiences des communiers. Mercredi, c’est la journée de quinze heures. Elle débute au bureau de poste pour discuter d’une isolation phonique, se poursuit par l’audition de mandataires pour la comptabilité de la commune. Déjeuner de travail à Vernier au comité de l’association transfrontalière des riverains de l’aéroport. Puis deux à trois heures de libre, avant d’assister à Carouge à une assemblée de l’Association des communes genevoises. Le soir enfin, Elisabeth Fatton profite du rendez-vous hebdomadaire de pétanque de son mari pour régler de la paperasse au bureau. Jeudi matin, elle a rendez-vous avec une entreprise de peinture et encore avec des candidats comptables. Et après avoir profité de son après-midi, elle participe, à 20?h?00, à l’assemblée de la crèche intercommunale de Chambésy. Vendredi est en principe libre, mais cette fois, elle assiste à un enterrement. Le week-end, Mme?Fatton essaie d’oublier la commune, sauf pour les mariages et les manifestations occasionnelles. Une «semaine moyenne», mais qui ne comprenait ni séance du Conseil municipal ou de commission, ni séance sur le projet d’agglomération, ni rencontre avec les communes françaises voisines, ni réunion du groupement communal du stade Burdet, que Mme?Fatton préside. Par chance, elle n’a pas d’activité professionnelle, mais son salaire n’équivaut qu’à un quart de temps.
JEAN-MARC COMTE
Jean-Marc Comte a une double vie. Lundi et mercredi, il est patron de son bureau d’architectes. Mardi et jeudi, conseiller administratif de la Ville du Grand-Saconnex. Le vendredi, il le partage en deux
Pas une soirée de libre
Quant aux soirées, elles sont en général prises. Exemple d’une semaine en mars dernier: lundi 18?h?30, caucus du PDC de la commune, puis Conseil municipal; mardi, réunion de quartier dans le cadre de sa profession; mercredi, rencontre avec les commerçants et artisans du Grand-Saconnex; jeudi, assemblée générale de son parti; vendredi, vernissage d’un concours professionnel; samedi, soirée annuelle du club de rock acrobatique de la commune. Ouf! Mais tout cela est-il gérable? «Pas toujours. Par moments, je fais n’importe quoi, en sautant sans arrêt de l’un à l’autre. Le plus stressant, c’est que le temps est toujours trop compté. Quand j’arrive au bureau, j’ai deux heures pour faire quelque chose, et je dois repartir.» Est-il plus chargé qu’une magistrate d’une petite commune, comme Elisabeth Fatton? «Non, ce n’est pas plus lourd, car j’ai du personnel. Par contre, je pense que mes collègues magistrats plus anciens courent moins après le temps. Ils ont dû réussir à mieux s’organiser.» Sur le plan financier, Jean-Marc Comte ne se plaint pas. «Mon salaire de conseiller administratif équivaut à un mi-temps, le bureau m’amène l’autre demi-salaire.» Mais vu qu’il est absent tous les jours de 8?h à 23?h, c’est son épouse qui assume complètement le ménage. Si son état de magistrat lui mange beaucoup de temps et d’énergie, il doit en revanche lui valoir bien des contrats. «J’ai toujours eu l’inquiétude de trouver du travail. Si je me suis engagé à la paroisse et en politique, c’est aussi pour me créer des réseaux, c’est vrai.» «Mais, poursuit-il, si ça marchait quand j’étais conseiller municipal, j’ai l’impression qu’en tant que CA, ça me dessert. Sans compter qu’avec les marchés publics, les relations jouent moins.» L’intérêt public reste sa première motivation. «Mais il faut vraiment aimer, car on prend des coups.» Il ne fait pourtant aucun doute qu’il rempilera. Des dossiers comme le projet d’agglomération ou la Route des nations le passionnent. Et puis, quatre ans ne suffisent pas à réaliser quoique ce soit de marquant. Pour preuve, l’exemple ci-dessous, qu’un de ses chefs de service a détaillé pour nous.