Depuis un an, les Genevois sont plus proches de Paris grâce à la réouverture de la ligne unique des Carpathes. La ligne qui relie Bellegarde à Bourg-en-Bresse met Cornavin à 3h05 de la gare de Lyon, vingt bonnes minutes de gagnées entre la capitale française et la deuxième métropole de Rhône-Alpes. Merci la Confédération qui a payé 110 millions d'euros, un tiers de la facture. Et après? Assis au bistrot de La Clémence, devant un café qu'il déguste tous les matins avant l'aube, le président du Conseil d'État pour 2012 n'hésite pas: «Il faut relier les aéroports de Genève et de Lyon en moins d'une heure par un train.» Un rêve ?
«Un rêve qui n’est pas nouveau, mais qu’il appartient aux responsables politiques de réaliser, pour autant que leur regard et ceux de leurs concitoyens ne reste pas borné au Salève et au Jura», répond un brin désabusé le ministre des Affaires régionales. Faire de Genève aéroport et de Lyon Saint-Exupéry une plateforme aéroportuaire unie est un projet du XXIe siècle.
Le président du Conseil d’Etat genevois ne peut pas imposer ses vœux à ses six collègues. « Mon but en 2012 sera avant tout de faire aboutir leurs projets. C’est la meilleure manière d’assurer la cohésion du gouvernement », dit le président 2012 de Genève, qui avait plutôt bien réussi sa première présidence en 2006.
Le projet d’agglo est mort, vive «Le Genevois 2.0» !
Autre axe que le président du gouvernement genevois veut développer en 2012: donner au projet d’agglomération franco-valdo-genevois une structure permanente. «Il faut abandonner le mot projet qui fait croire que rien n’est encore réalisé dans la région. » Les instruments existent et le timing est favorable. Il ne manque plus que le vote du parlement vaudois pour lancer le GLCT de l’agglo. En juin 2012, sera signé « Agglo 2.0 » qui permettra de mobiliser les financements de la Berne fédérale pour réaliser les trams de Saint-Julien, Saint-Genis, Ferney-Voltaire et Annemasse. Et peut-être le GLTC (groupement local de coopération transfrontalière) deviendra-t-elle un GEC (groupement européen de coopération) éligible pour des financements de Bruxelles.
Agglo 1.0, signé en décembre 2007 par Robert Cramer, n’a pas été très concluant. Le ministre des Affaires régionales le reconnaît : « Les Français n’ont pas créé les emplois prévus et les Genevois n’ont pas bâti le quota de logements requis. Mais d’autres politiques fonctionnent : l’épuration des eaux en est le meilleur exemple. » En outre, ose le président du Conseil d’Etat, « je crois pouvoir affirmer que pour 2012 et 2013, Genève parviendra à construire 2500 logements par an ».
Pierre-François Unger pense qu’il faut aussi donner un nouveau nom et une nouvelle signalétique au projet d’agglo franco-valdo-genevois. « Pourquoi ne pas utiliser le mot «Genevois» pour désigner les trois cercles qui forment l’agglo : la Ville de Genève, le canton de Genève et les communes françaises et vaudoises limitrophes ? »
Le ministre des Affaires régionales avance sur des œufs. Il s’agit de ne pas heurter les susceptibilités des partenaires. Récemment la Chambre de commerce de Genève a popularisé le terme de Grand-Genève pour désigner l’agglo en écho au Grand-Lyon et au Grand-Paris. La région d’Annecy est en marge du Genevois. Nombre de travailleurs frontaliers y demeurent. Pierre-François Unger voudrait bien associer les autorités annéciennes au développement commun du Grand-Genève...
«Genève est à la marge de deux régions européennes…»
« Genève ne peut pas jouer dans le registre de la ville dominante, impérialiste », explique Pierre-François Unger, comme le sont Lyon ou Zurich. « Notre problème et notre défi, c’est que Genève est à la marge de deux grandes régions européennes tout en étant simultanément le pivot international et aéroportuaire de ces deux régions. A l’ouest la région Rhône-Alpes, en particulier les trois départements de la Haute-Savoie de la Savoie et de l’Ain, et à l’est le GGBA, le Greater Geneva Bern area que j’ai créé pour fédérer les forces promotionnelles romandes face à Zurich notamment. Plus récemment, les cantons de Vaud et de Genève ont encore lancé la «métropole lémanique».
Ces deux régions abritent plus de deux millions d’habitants. C’est un minimum pour un espace géographique qui entend offrir les meilleurs services à des coûts supportables pour ses habitants, notamment dans le domaine médical. Pierre-François Unger parle en spécialiste. L’ancien chef des urgences, devenu ministre de la Santé, sait parfaitement que les autorités politiques devront trouver les moyens de redimensionner les offres hospitalières et médicales, si elles ne veulent pas écraser les habitants sous le poids des cotisations aux caisses maladie.