PETIT-BORNAND

Un loup a été abattu par un chasseur à 30 km à vol d’oiseau de Genève

Par MARIE PRIEUR le 17.02.2009 à 00:03

Mis en examen, l’homme a revendiqué son geste.

Placé en garde à vue ce week-end, un chasseur haut-savoyard a reconnu avoir abattu un loup à Petit-Bornand-les-Glières (Haute-Savoie), à 30?kilomètres à vol d’oiseau de Genève. Natif de la région, l’homme, âgé de 32 ans, a été mis en examen pour chasse illicite, destruction d’espèce protégée et détention illégale d’arme en l’occurrence la carabine 22 long-rifle avec laquelle il aurait tué le canidé.

«Il a revendiqué son geste, explique le procureur de la ­République de Bonneville, Michel Belin. Il affirme qu’il a eu raison de le faire, car il fait partie des gens qui pensent que le loup est une espèce nuisible.»

En France voisine, dans le massif des Bornes où l’animal est de retour depuis 2004, la querelle fait rage entre les pro et les antiloup (lire encadré ci-dessous). Malgré une situation tendue, c’est officiellement la première fois qu’un loup est abattu en Haute-Savoie. Les tirs de défense dès la première attaque, autorisés par le préfet en mai dernier, n’ont donné aucun résultat.

Un problème dans le secteur

Loin de cautionner l’acte du chasseur, le préfet reconnaît que la concentration des loups dans ce secteur pose problème et déclare: «J’ai saisi le ministre afin d’obtenir l’autorisation de tirs de prélèvement, pour permettre une régulation de la population des loups. Il s’agit de mettre en place une action concertée qui n’a rien à voir avec cet acte de braconnage.»

Les faits remontent à jeudi dernier. Vers 17?h, en rentrant du travail, l’intéressé apprend qu’un loup aurait tué un chamois à quelques centaines de mètres des habitations du hameau la Ville au Petit-Bornand. Muni de sa carabine, il se rend sur les lieux et décide d’attendre le retour du prédateur. Dans l’heure qui suit, deux bêtes font effectivement leur apparition. Il abat l’une des deux. Puis redescend au village chercher de l’aide pour charger l’animal dans son coffre.

Averti par un coup de fil anonyme, le service départemental de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage procède aux premières investigations, attestant qu’un chamois a bel et bien été attaqué. Le dossier est ensuite transmis au Parquet.

S’ensuit l’interpellation du chasseur à son domicile samedi après-midi. «En garde à vue, il a participé activement et de façon loyale à l’enquête», souligne son avocat Me Jacques Puthod. «Il explique son geste comme étant une réaction excédée face à l’immobilisme des autorités suite à des actes de prédation multiples et sanglants imputables au loup.»

De son côté, Philippe Missillier, de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles affirme que le chasseur bénéficie du soutien des chasseurs comme des agriculteurs. «On savait que l’exaspération montait et que les débordements étant plus ou moins prévisibles», commente- t-il. Et d’ajouter: «On estime que le loup n’est plus une espèce en voie de disparition et que sa présence est incompatible avec notre système d’alpage.»

Remis en liberté sous contrôle judiciaire (avec entre autres une interdiction de chasser), le chasseur pourrait être jugé en fin d’année. Il risque jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30?000 euros (45?000 francs) d’amende.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Loup y es-tu?

«Une meute est liée à un territoire», explique Pierre-Emmanuel Briaudet, responsable du réseau loup et lynx en Rhône-Alpes au sein de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. Ainsi en Haute-Savoie, la présence permanente du loup est avérée uniquement dans le massif des Bornes. Depuis 2004, année du retour du loup dans le département, une femelle occupe ce secteur. A l’hiver dernier, on comptait 2 à 3 individus minimum. Depuis, ils se sont reproduits.

«On est loin des fantasmes de certains qui évoquent plus d’une dizaine de loups, clame le préfet de Haute-Savoie, Michel Bilaud. Cependant, nous sommes face à un phénomène de concentration qui commence à poser problème.»

Le loup est capable de parcourir 40 km en un jour à la recherche de nourriture, tout en restant sur les 200 à 300?km2 de son territoire. S’il s’éloigne d’avantage, c’est uniquement chassé par la meute. «On parle alors de dispersion. Lorsque la meute devient trop importante, certains jeunes, certaines années, quittent leurs congénères en quête d’un nouveau territoire. Tel est leur mode de colonisation.» Ce phénomène peut expliquer les indices de la présence du loup dans d’autres massifs. «C’est par cette colonisation naturelle que le loup est arrivé en France depuis l’Italie en 1992», rappelle Emmanuel Briaudet.

Un schéma qui aujourd’hui encore ne convainc pas tout le monde. «Nous pensons que certains loups ne sont pas venus tout seuls», souligne Philippe Missillier, chargé du dossier loup pour la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles, sous-entendant que les proloups auraient réintroduit l’animal. Faux, selon Emmanuel

Briaudet: «Sur ce point, la polémique a vécu. Il s’agit d’une colonisation naturelle. Des analyses génétiques l’attestent.»

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