«L’humour est la politesse du désespoir», cite un animateur à la mine goguenarde, déguisé en requin de l’immobilier. C’est donc par la dérision que l’association Survap (Survivre aux Pâquis) a choisi d’exprimer samedi sa consternation face à la spéculation qui sévit dans le quartier. Cette journée festive et revendicatrice, intitulée Les Automnales de l’immobilier, s’inscrit dans le Forum de l’habitat collectif qui se déroulait de vendredi à dimanche à Genève.
A la place de la Navigation, le public était invité à jouer au «Pâquis-Poly», une parodie du fameux jeu de société où les rues et places de Suisse sont remplacées par des offres de vente ou de location réelles dans le quartier. D’un quatre-pièces et demie loué 6700?fr. à la rue de Lausanne, à un trois-pièces vendu 920?000?fr. à la place de la Navigation, le joueur passe par la case «résiliation», «expulsion» ou «camping».
Plus sérieusement, la Survap a proposé une visite guidée du quartier, avec haltes devant des «points chauds» immobiliers. Cela afin de dénoncer le retour des congés-ventes, l’augmentation «anarchique» des loyers, et les changements d’affectation au mépris de la loi, entre autres. «Nous, habitants des Pâquis, allons vous montrer ce qu’est la prédation immobilière!» annonce l’animateur.
Passage obligé devant le 19, rue De-Monthoux et le 12, rue des Alpes, deux verrues à l’abandon, qui attendent depuis 2005 d’être restaurées pour accueillir des locataires. Autre arrêt devant le 5-7, rue de Zurich. Une de ses habitantes explique la situation de cet immeuble, dont la surélévation n’a pas produit de nouveaux logements mais des duplex luxueux, alors que des baux sont résiliés en vue d’une augmentation des loyers. Au 9-11, rue Gautier, la Survap dénonce des changements d’affectation non autorisés, soit la transformation de logements en appartements meublés avec services, autrement dit en «appart’hôtels». Travaux sans autorisation, importantes sommes d’argent proposées à des locataires pour les faire partir, etc.: au total, neuf situations sont pointées du doigt aux Pâquis.
Les habitants déplorent l’incurie de l’Etat, accusé de laisser-faire: «Il faut exiger que l’Etat n’accorde pas quasi systématiquement des dérogations aux lois pour transformer ou surélever des immeubles», lance Claude Witschard, de la Survap.