Vue de Genève, la place financière suisse, même avec une UBS chancelante, semblait pouvoir résister au choc, Londres et New York étant clairement en première ligne. Réveil brutal. Des dépôts bancaires en chute libre et un chômage en rapide croissance dans le secteur financier genevois témoignent de la réalité. Mais surtout, à la crise du subprime s’est ajoutée celle, plus ravageuse encore, du secret bancaire. Eliminer la distinction entre évasion et fraude fiscales; voilà ce qu’exigent aujourd’hui les Américains en réclamant une liste de 52?000 noms de clients avec, à leurs côtés, des Européens qui redoublent de pression sur Berne.
Le débat est ancien, mais rarement la Suisse avec son secret bancaire fut acculée à ce point semant le désarroi dans la classe politique et financière. Faut-il céder, la gestion de fonds provenant de l’évasion fiscale étant peu morale et condamnée à terme quoi qu’il en soit? Ou entrer en conflit frontal avec les «agresseurs» qui feraient mieux de balayer devant la porte de leurs propres paradis fiscaux? La première solution serait tout simplement intenable. Confrontés à la réalité de la menace, les acteurs de la finance révèlent aujourd’hui le poids gigantesque des affaires liées à la clientèle appelée offshore avec une certaine pruderie. Sans elle, la place financière se rétrécirait de moitié. Un cataclysme pour Genève.
A partir de ce constat, la seule stratégie viable est celle d’une négociation proactive, sans tabou, mais aussi sans arrogance. L’affaire des fonds en déshérence a démontré que nier et minimiser le problème en jouant la montre conduit à un renforcement de la pression. Les Etats-Unis ne lâcheront pas cette cause. La Suisse a tous les atouts pour ne pas brader le secret bancaire. Pour y arriver, elle doit enfin sortir la tête du sable pour affronter la réalité et prouver qu’elle est décidée à assainir UBS en gage de bonne volonté.