Ce n’est pas tous les jours qu’un édifice religieux sort de terre à Genève. Depuis hier, le canton compte une synagogue de plus. La première construite en Suisse depuis presque quarante ans. Pour l’occasion, les représentants de diverses confessions – protestante, catholique, musulmane, hindouiste et bouddhiste – se sont joints à ceux de la communauté juive à l’heure de la cérémonie d’inauguration. Le conseiller d’Etat Mark Muller, la conseillère administrative Sandrine Salerno et le président du Grand Conseil, Guy Mettan, étaient également présents, de même que l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, elle-même de religion juive.
Communauté croissante
La nouvelle synagogue, située à la route de Chêne, est la cinquième de Genève et la troisième en site propre, après celles de la place de la Synagogue et de la route de Malagnou. Alors que ces deux dernières sont les lieux de culte de la Communauté israélite de Genève, traditionaliste, le nouvel édifice accueille la Communauté israélite libérale (abrégé en GIL, selon son ancien nom), qui depuis 1984 occupait des locaux au quai du Seujet. «Nos membres, qui sont passés de 500 en 1994 à plus de 1500 aujourd’hui, y étaient à l’étroit, explique le président du GIL, Jean-Marc Brunschwig. Les gens allaient faire leur bar-mitsvah (ndlr: communion juive) dans des hôtels.»?Les 12 millions de francs qu’a coûté la construction de la nouvelle synagogue ont été entièrement financés par les dons de fidèles et de membres de la communauté, dont le premier, il y a une quinzaine d’années, fut le baron de Rothschild. Mais de nombreux adolescents ont aussi cassé leur tirelire pour contribuer. «Ces gens nous ont permis de passer du rêve à la réalité», se réjouit Jean-Marc Brunschwig. La seule contribution extérieure a été une aide de 40?000?francs de l’Etat, liée au fait que le bâtiment, très économe en énergie, répond au label Minergie Plus. Une première pour un édifice religieux.
Symbolique importante
A la synagogue proprement dite se joint un centre communautaire où se tiendront également des activités culturelles et sportives, et qui fait aussi office d’école. Un restaurant propose des plats du jour à midi. Le bâtiment, au style contemporain, est l’œuvre du cabinet Groupement d’Architectes. Sa forme rappelle celle d’un schofar, instrument à vent rituel, fait d’une corne, utilisé par les rabbins. «La symbolique de l’édifice est très importante, souligne le rabbin François Garaï, fondateur du GIL. Le mur en béton commence dans l’espace communautaire et s’enroule autour de la synagogue. Les matériaux utilisés sont différents dans ces deux espaces.» A l’extérieur, un mur de la Shoah a été réalisé par l’artiste Isabelle Perez.
Le nouveau lieu de culte israélite a déjà été religieusement inauguré vendredi et samedi dernier, à l’occasion du shabbat.
1% de la population
«Ghettoïsés» puis chassés de Genève au Moyen Age, les juifs s’y sont enracinés depuis la levée de l’interdit à la fin du XVIIIe siècle. D’après le recensement de 2000, quelque 4500 juifs vivent à Genève. Soit 1% de la population. Un nombre relativement stable depuis trente?ans.
Les deux tiers des Genevois de religion juive sont membres de la Communauté israélite de Genève (CIG), qui représente le courant traditionaliste, attaché au respect à la lettre de la loi écrite. Ses principaux lieux de culte sont la synagogue Beth Yaacov, dans le quartier des banques (construite en 1859), et la synagogue Hekhal Haness, construite en 1972 à la route de Malagnou, à l’initiative de l’homme d’affaires Nessim Gaon.
Le dernier tiers des juifs genevois est rattaché à la Communauté israélite libérale de Genève (abrégé en GIL), qui a bâti la synagogue inaugurée hier. Fondé en 1970, le GIL s’inscrit dans un courant progressiste né en Europe il y a deux siècles. Celui-ci, tout en affirmant son attachement à la tradition, cherche à l’adapter au monde moderne. Par exemple, il n’y a pas de séparation entre hommes et femmes dans la synagogue, et ces dernières peuvent y lire la Torah. Il existe même des femmes rabbins. Une centaine de personnes enfin appartiennent à la Communauté israélite orthodoxe, la plus rigoureuse.
(ang)