Leurs noms de code: «Caméléon», «Darkiller», «El Diablo». Ils se cachent en tenue de combat dans la forêt ou dans les recoins du baraquement en ruine. Armés, ils guettent la venue de l’ennemi. Dès qu’il surgira, ils lui tireront dessus. Scène de guerre dans un pays lointain? Non, du «soft air» au Petit-Lancy. «Soft air»? Un jeu qui reproduit des scénarios de combat («wargame») en utilisant des armes fictives, des «répliques», comme les appellent les utilisateurs.
«C’était paniquant d’être en face d’un type qui porte une mitraillette alors que j’étais simplement sorti marcher. Pourquoi les laisse-t-on agir dans un espace accessible au public?» s’inquiète Eric Christen, habitant du quartier, qui s’est retrouvé nez à nez avec un militaire armé jusqu’aux dents.
En effet, la pratique du soft air n’est pas permise dans les espaces publics et nécessite une autorisation pour les lieux privés. De plus, les répliques sont soumises à la nouvelle loi sur les armes, entrée en vigueur en décembre dernier. «Elles ne peuvent être vendues que par les personnes autorisées. Elles doivent être déclarées par le propriétaire qui doit être majeur», explique Nicolas Dentan, du Service des armes, explosifs et autorisations.
Difficile à sécuriser
Au Petit-Lancy, c’est au chemin Gérard-de-Ternier, derrière l’établissement du CFPT (anciennement CEPTA), que les «softeurs» se défoulent. «Ce terrain appartient à la Société de l’Arquebuse et de la Navigation. La commune de Lancy en a la gestion. C’est une place d’entraînement pour l’armée et les pompiers. Ces gens n’ont pas le droit d’être là», s’indigne Pierre-André Bise, chef du Service communal de la sécurité de Lancy. Pour lui, les joueurs doivent aller dans un lieu fermé et sécurisé. «Ils devraient demander les autorisations pour aller dans une gravière. Au moins là, il n’y aurait pas de risques pour les passants», précise le responsable. D’après leur forum, les joueurs sont conscients de la situation, mais continuent à venir. «Le CFPC est utilisé depuis longtemps pour le soft air car c’est le terrain le plus accessible à Genève.
Il est cependant très difficile à sécuriser, trop de gens passent par là», précise Ludwig Liger, fondateur et président du Soft Air Club, créé en 2000.
Attention les yeux!
D’après le Service des armes, les répliques ne peuvent pas causer de graves lésions corporelles. Projetant des petites billes en plastique, il est cependant recommandé de faire attention aux yeux. C’est pourquoi les joueurs ont l’obligation de porter des lunettes de protection. La zone de jeu doit aussi être indiquée afin d’éviter toute mauvaise surprise pour les passants.
Les «softeurs» se considèrent comme des sportifs et doivent se battre contre leur mauvaise réputation. «Nous ne sommes pas des frustrés assoiffés de violence. Il y a des participants de tout âge et de tous les milieux sociaux. C’est un jeu. La version contemporaine des cow-boys et des Indiens», assure Ludwig Liger. D’après lui, il est très difficile de trouver des lieux pour pratiquer cette passion malgré l’engouement croissant. Il y aurait environ 350 adeptes du soft air en Suisse romande.
Les autorités semblent, quant à elles, tolérer cette activité. Comme l’indique Nicolas Dentan, des contrôles épisodiques sont effectués: «S’il y a des mineurs, nous confisquons les armes. Les autres s’en vont, mais ils reviennent. Nous ne patrouillons pas tous les week-ends.»