Francesca a été opérée dans une clinique romande le 22 avril dernier. En toute confidentialité. Cette mendiante Rom de 27?ans, née avec les jambes affreusement estropiées, n’est pas une inconnue. Elle a bouleversé toute la Suisse, il y a un an presque jour pour jour, lorsqu’elle est venue tendre la main dans les rues de Genève et que des photos d’elle sont parues dans la presse.
«C’est inespéré»
«Maintenant, elle marche! Deux fois par jour. Certes avec du soutien, mais elle qui n’avait jamais marché, elle est debout. C’est inespéré», lâche Jean-Marc Tonus, son véritable bienfaiteur. En avril 2008, en effet, l’ex-champion du monde genevois de full-contact s’était ému en découvrant le handicap de Francesca. «Ses genoux étaient à l’envers, elle se traînait par terre avec l’aide d’un bâton», rappelle-t-il.
Il a alors déclenché un formidable élan de solidarité. «J’avais cru comprendre que Francesca cherchait 18?000?fr. pour être opérée en Roumanie. Je me suis lancé.» Il a multiplié les contacts, récolté des dons, organisé un repas de soutien à Choully, chez son ami étoilé Philippe Chevrier. «Un donateur a versé 5000?francs, confie-t-il. En tout, nous avons réuni 24 000?fr.»
Jean-Marc s’est lié d’amitié avec Francesca et son frère, Stefan. Eux retournaient parfois en Roumanie puis revenaient en Suisse. Pour mendier. Y compris à Genève, malgré l’interdiction. En été dernier, le sportif genevois tombe de haut. «Je croyais qu’ils avaient préparé l’opération en Roumanie. Or, rien n’avait été entrepris.»
Vient alors le second coup de massue. En Suisse, le premier diagnostic est impitoyable: l’amputation des deux jambes. «J’étais effondré, se souvient Jean-Marc. Francesca, elle, a été incroyable. Elle m’a dit que si c’était la seule solution, elle acceptait.»
Le battant ne s’avoue pas vaincu et multiplie à nouveau les contacts. «En hiver, quelqu’un m’a parlé d’une société, Stryker, spécialisée dans les implants orthopédiques.» C’est en partie grâce à cela qu’aujourd’hui Francesca a toujours ses jambes, les genoux tournés, cette fois, dans le bon sens.
Mais tout n’a pas été simple. «Une opération telle que celle-là coûte très cher, environ 150 000?fr. Et il fallait 40 000?fr. tout de suite. On a fait le joint», glisse modestement Jean-Marc.
Qui se dit aujourd’hui «heureux d’avoir rendu quelqu’un heureux». Et soulagé. «Beaucoup de gens pensaient que Francesca était manipulée, que l’argent n’allait pas être utilisé pour son opération. Cela pouvait être vrai, dans ce milieu de la mendicité. Mais quand j’ai vu Francesca à la clinique, j’ai su que j’avais eu raison de lui faire confiance.»
Maintenant commence un long travail de rééducation. Long et coûteux. «Son frère cherche du travail en Suisse, mais il faudra encore de l’argent. Alors je vais me mobiliser», relève Jean-Marc, qui mène là l’un des plus nobles combats de sa carrière.
Banque Raiffeisen Région Genève Rhône. Compte No 88608.27 – Jean-Marc Tonus. IBAN: CH46 8018 1000 0088 6082 7 Clearing: 80181